Rituel XVII @ Le Yono (Paris)

24/01/2012

Samedi 4 février 2012

21h00-01h45 Dew Town Mayor & The Micronauts (DJ sets)

Voici l’évènement Facebook (Facebook event).

RITUEL-CÉRÉMONIE
LE YONO


Vite, une licence globale ! (4e partie)

24/01/2012

« Licence » par Sylvain Bourmeau dans Libération du samedi 21 janvier 2012 :

Il est des pirates moins sympathiques que d’autres. Aux antipodes de l’image digitale du geek rusé qui télécharge à longueur de nuits dans sa chambre d’étudiant albums et séries télés sans jamais payer, le surgissement médiatique de la patibulaire figure de Kim « MegaUpload » Schmitz, dit « Kim Dotcom » le bien nommé, rappelle opportunément à qui, trop souvent, profite le crime. Peut-être aura-t-il fallu cette spectaculaire opération du FBI contre MegaUpload pour apporter enfin, à ceux qui en doutaient encore, la preuve par l’absurde que la résolution du conflit fratricide qui oppose depuis dix ans l’Internet et la culture ne passe certainement pas par la répression tous azimuts mais bien plutôt par la mise en place de différentes formes de licences globales. Car après tout, à bien y regarder, qu’est-ce que MegaUpload et tous les autres sites de direct download qui permettent de télécharger une offre pléthorique de contenus en échange d’un abonnement pour une somme raisonnable ? Qu’est-ce d’autre qu’une forme détournée, illégale et surtout privatisée de licence globale ? Droit dans ses bottes, Nicolas Sarkozy ne s’est pourtant pas contenté de saluer l’attaque de la justice américaine, il a demandé à sa créature, l’Hadopi, de réfléchir à l’élargissement et au durcissement de son arsenal et de lui faire des propositions en ce sens. La veille à Nantes, sachant résister à certains des lobbys les plus conservateurs de la gauche, notamment ceux d’une certaine tendance du cinéma français, le candidat socialiste François Hollande avait enfin courageusement arrêté sa position : s’il est élu, Hadopi sera supprimée et une licence globale proposée.

Lire cet article sur son site d’origine

« Un raid qui relance le débat sur l’Hadopi » par Sophian Fanen dans le même nº de Libération :

Le timing était presque parfait. Révélée jeudi en fin de soirée, l’arrestation des dirigeants de MegaUpload est venue précipiter le débat sur la « culture à domicile » ouvert quelques heures plus tôt par François Hollande. Dans un discours prononcé à Nantes, le candidat socialiste à la présidentielle a proposé de remplacer la logique répressive choisie par la droite avec l’Hadopi par une libération des échanges au bénéfice des artistes.

Un système qui passerait, entre autres, par l’instauration d’une contribution payée par chaque abonné à Internet, redistribuée ensuite à la filière culturelle. Et quelle meilleure preuve de la motivation des internautes envers cette « licence globale » que le gigantesque réseau MegaUpload, avec ses 50 millions de visiteurs par jour et ses 150 millions de dollars (116,2 millions d’euros) perçus sur des abonnements « premium » en cinq ans ? « MegaUpload a prouvé qu’il y a une vraie demande pour un système performant qui permette de faire circuler la culture contre un abonnement. Quand aura-t-on accès à un équivalent légal ? » nous demandait vendredi après-midi un internaute de Libération.fr. La chute de MegaUpload a définitivement inscrit cette question dans la campagne présidentielle.

« Oui, il y a besoin d’un nouveau modèle, plaidait vendredi la députée Aurélie Filippetti pour le camp Hollande. Le combat ultra-répressif d’Hadopi contre le seul peer to peer a fait place au monstre qu’est MegaUpload, qui profitait des œuvres sans rien reverser aux artistes. C’est comme à l’époque de la prohibition aux États-Unis : les Américains sont allés chercher l’alcool dans des bars clandestins qui sont devenus ingérables. Il faut mettre fin à ce genre de pratiques, sauf qu’on ne peut pas arrêter tout le monde et qu’il est plus intéressant de créer une solution légale de qualité et accessible à tous. »

Eva Joly a défendu une position similaire vendredi pour Europe Écologie-les Verts, estimant que « la fermeture de MegaUpload est un symptôme supplémentaire de l’incapacité des pouvoirs publics à se projeter au XXIe siècle et à concevoir un projet global éthique, associant rémunération des auteurs et fluidité de la culture sur Internet. Faute de stratégie publique intelligente, on continuera à assister à une guerre de l’industrie du copyright face aux créatures qu’elle a engendrées. »

Cette question, le secrétaire national de l’UMP en charge des nouvelles économies, Benjamin Lancar, a avoué se l’être « posée » jeudi, après que François Hollande a accusé l’UMP de n’avoir pas « rapporté un sou à la création » avec l’Hadopi. Puis à nouveau vendredi, alors que le Parti socialiste achevait d’enterrer la Haute Autorité, coupable d’avoir permis à des sites comme MegaUpload « de se développer dans le silence de la loi » — puisque l’Hadopi ne cible que les échanges en peer to peer. […]

Ce qui est acquis, en tout cas, c’est que MegaUpload ne sera plus un acteur de ce débat en France, alors qu’un de ses représentants était encore, le 11 janvier, venu défendre son modèle « jamais poursuivi en justice » lors d’une table-ronde au Sénat consacrée à la rémunération des créateurs sur Internet. Emmanuel Gadaix, un Français installé à Hongkong, avait alors réaffirmé que « le partage est l’ADN d’Internet », et qu’essayer de le contenir est « comme d’arrêter une rivière avec ses mains ».

Cette rivière s’était transformée en flot de dollars mal intentionnés pour MegaUpload, mais ces idées n’en sont pas moins la charpente de l’Internet de demain, en France comme ailleurs.

Lire L’intégralité de cet article sur son site d’origine

Sélection d’articles sur le même sujet


Playlist Crackboy

23/01/2012

« The Jag » dans les 10 sélections de Crackboy, alias Krikor, pour le site Brain Magazine, jeudi 19 Janvier 2012 :

[…]

Submission – Women Beat Their Men
Ça me donne envie d’enlever mon t-shirt.

Romanthony – The Ministry Of Love
Romanthony n’est qu’amour.

The Micronauts – The Jag
Un de mes morceaux préférés de la période French Touch.

Fantasy Three – It’s Your Rock
Toujours à la recherche du beat parfait.

Jamie Principle – Bad Boy Unreleased Mix
Incroyable version inédite de Bad Boy. House ? New wave ? Ce n’est pas vraiment clair.

Gladio – Calligula
Ca me donne envie de remonter dans le temps. J’adore Legowelt.

Wet – That’s the Game (Instrumental)
Fantastique morceau italo samplé par le Maître Moodymann sur un de mes tracks préférés de tous les temps Dem Young Sconies.

Arthur Russell – Make 1, 2
Amour.

Prince Charles – In The Streets
Simplement la ligne de basse synthé parfaite.

Eurofunk – Manshortage (ELI-173 Edit)
L’original est super et cet edit parfait.

[…]

Lire l’intégralité de cet article sur son site d’origine


Top 10 des plus belles pochettes de disques par Akroe

16/01/2012

La compilation « Celluloid – The Electro Years – Why Is It Fresh? » (sous-titrée « A selection of classics assembled by The Micronauts »*) dans le « Top 10 des plus belles pochettes de disques » du graphiste Étienne Bardelli, alias Akroe, sur le site Brain Magazine, dimanche 15 Janvier 2012 :

[…]

The Micronauts, compilation réalisée par le label Celluloid :
D’abord, parce que j’adore cette musique, et aussi parce que l’histoire de ce label est passionnante. Et puis M/M réalise la pochette, leur travail est évidemment remarquable, mais ici particulièrement : ils arrivent à fabriquer un graphisme entre total foutage de gueule et maîtrise parfaite. C’est ce qui fait tout leur intérêt et caractérise aussi cette personnalité si Française, selon moi.

[…]

Lire l’intégralité de cet article sur son site d’origine

* Cette compilation présente ma sélection des meilleurs morceaux electro funk (les débuts très électroniques du hip hop) sortis entre 1982 et 1984 sur le label new-yorkais Celluloid. Elle est sortie en 1998 sur le label parisien de musique électronique Distance. Les deux labels ont été fondés par le français Jean Karakos.


L’art, grand oublié de la présidentielle

14/01/2012

« Pauvre ministère de la culture ! » par Pierre Sauvageot, compositeur, directeur de Lieux publics (Centre national de création, Marseille), chef de file d’IN-SITU (Réseau européen pour la création en espace public), dans Le Monde daté du samedi 14 janvier 2012 :

À l’approche de l’élection présidentielle, on attend toujours le débat public sur l’art et la culture. Mais, mises à part les propositions de Martine Aubry déjà enterrées, on voit se profiler une campagne où l’art et la culture n’ont guère de place, ou juste à travers le prisme pour le moins restreint des industries culturelles ou du téléchargement sur Internet.

On ne parlera pas d’art vivant, de théâtre, de danse, de création musicale, d’arts plastique, d’arts visuels, sauf autour de la grande idée consensuelle qui revient à chaque campagne électorale : l’éducation artistique, toujours promise, jamais réalisée. Quant aux paroles issues du milieu culturel, elles sont bien souvent en forme de « re- ». Il faudrait re-fonder, re-donner, re-construire, re-penser, comme si la situation ne demandait qu’à « re-venir » à des solutions anciennes.

Pourtant, dans un pays obnubilé par la dette et le chômage, dans un pays où les intégrismes prospèrent, dans un pays écartelé entre consommation et environnement où même la marchandise ne fait plus rêver, l’art vivant n’est pas un supplément d’âme pour public cultivé, il est d’une absolue nécessité pour une société qui explore ses transformations, qui réfléchit à son avenir, qui s’invente des possibles.

Dans ce paysage, le ministère de la culture semble hagard. Sa parole ne compte plus en région, il court derrière les directives de la Commission européenne, il subit les décisions prises ailleurs sur l’intermittence, la fiscalité ou le droit du travail, et il se recroqueville sur son dernier pouvoir, celui des nominations, souvent arbitraires. Pourtant ce ministère n’a jamais semblé aussi nécessaire qu’aujourd’hui. Dans une situation nouvelle, dans une dynamique nouvelle, on pourra proposer quatre pistes concrètes :

1. Jamais la superstructure culturelle n’a été aussi pesante, jamais les contraintes n’ont été si lourdes : fiscalité embrouillée, social labyrinthique, sécurité tatillonne, financements complexes, priorités changeantes et réglementations en maquis… La marge artistique, comme on nomme poliment ce qui va aux artistes quand on a financé tout le reste, est en baisse constante. Les subventions « coûtent » de plus en plus cher, toute mesure nouvelle est engloutie par une contrainte nouvelle.

Trop d’artistes, comme il se dit sous le manteau ? Plutôt trop de frais autour de l’artistique : moins il y a d’argent, plus il y a de personnes qui sont payées pour bien le dépenser… Aller à une simplification radicale des contraintes administratives, fiscales, sécuritaires et réglementaires, contractualiser sur le long terme, laisser les artistes inventer de nouveaux modes d’organisation, libérer les initiatives, voilà un chantier qui n’est pas très médiatique et qui ne permet guère d’envolées lyriques, mais qui est pourtant impératif.

2. « Je paye donc je décide », semblent penser de plus en plus les personnes élues ou désignées pour gérer l’argent de tous, pour faire des choix politiques, mais ni artistiques ni culturels. La lente dégradation de la parole du ministère de la culture, qui n’apparaît ni comme un arbitre ni comme une référence, laisse les artistes en tête à tête avec des responsables locaux qui, trop souvent, en attendent des retours électoraux. Il ne peut y avoir de place importante de l’art et de la culture dans la société si on ne laisse pas une totale indépendance — y compris économique — et une possibilité d’impertinence aux artistes et aux responsables des structures culturelles. L’État, par son éloignement, par ses soutiens financiers sur la durée, par son exigence artistique, doit s’affirmer comme le garant de cette liberté impérative sans laquelle il n’y a pas de création. Pour que l’art soit utile, il ne doit pas être utilisé.

3. Alors que la Commission européenne devient l’autorité principale de réglementation de nos professions (fiscalité, statut social, concurrence, services d’intérêts généraux, appels d’offres…), le ministère de la culture n’a pas pris à bras-le-corps l’Europe, qui est devenue l’échelle pertinente. Il suffit d’observer l’importance que l’art et la culture ont prise dans une ville aussi sinistrée que Marseille à l’aube d’être capitale européenne de la culture.

Alors que les artistes circulent de plus en plus sur le continent, et que les théâtres ou les collectivités multiplient les partenariats, l’État a peu de compétence dans ce domaine et n’a pas compris qu’il lui faut définir sa doctrine et ses outils, qu’il lui faut être le porteur de cette dimension en région, être très présent dans les arcanes de l’Union mais aussi par des initiatives multilatérales (Arte franco-allemand en est un bel exemple) pour enfin aboutir à un début de politique culturelle européenne. Cette dimension européenne est aussi fondamentale pour étendre notre présence artistique sur les autres continents, sortir de notre diplomatie culturelle qui fleure bon son XIXe siècle et les lambris d’ambassades d’ancienne puissance coloniale.

4. Les artistes ont une inextinguible soif d’ailleurs. Ils veulent participer au débat toujours recommencé de l’art et de la ville, de l’art et de la société. Pourtant, les politiques ne savent répondre à cela qu’en inaugurant de plus en plus d’équipements culturels dont les seuls budgets de fonctionnement vont assécher les maigres mesures nouvelles que chaque ministre s’efforce de grappiller. Jamais le rôle du ministère de la culture n’a été aussi déterminant, non pas pour être une forteresse pour chefs-d’œuvre en péril, mais pour être le chef de file de la présence de l’art hors des lieux consacrés, et pour être le poisson pilote des artistes dans leur dialogue avec les autres ministères.

L’art et la culture ne sont pas les souvenirs vieillots d’une France obsolète. Ils sont florissants, ils donnent des lectures du monde, ils ouvrent les esprits et les frontières, ils parlent à toutes les catégories de la société. Simplifier l’exercice des professionnels, être garant de la liberté des équipes artistiques, prendre à bras-le-corps la réalité européenne dans toutes ses dimensions, accompagner le formidable désir d’un art sorti des conventions, ces quatre axes dessinés à grands traits pourraient être un beau défi pour un futur ministre de la culture.

Lire ce point de vue sur son site d’origine

Sélection d’articles sur le même sujet


Blackmail – She’s Crafty 7” (45 tours)

11/01/2012

Les Blackmail sortent sur Black & Tan, leur label créé pour l’occasion, une version 45 tours (vinyl 17 centimètres) de leur EP digital « She’s Crafty ».

Track listing :
A – She’s Crafty
B – T For Texas

La face A provient du EP, sorti le 11 décembre dernier sur le label parisien Yuk-Fü, que j’ai masterisé. La face B est un inédit, une reprise d’un morceau de Jimmie Rodgers datant de 1927.

100 exemplaires seulement ont été tirés, en vente à deux pas de la Bastille dans les magasins Bimbo Tower, Born Bad, Ground Zero et Pop Culture, ainsi qu’au bar le Plastic.

Blackmail est un side project des deux Bosco (Stéphane Bodin et François Marché), en collaboration avec Sylvain Levène (ex-This Is Pop, ex-Beat Mark, cofondateur de la revue en ligne Dératisme).


Rituel XVI @ Yono (Paris)

07/01/2012

Samedi 7 janvier 2012

21h00-01h45 Dew Town Mayor & The Micronauts (DJ sets)

Voici l’event Facebook.

Ma playlist :
INTRUDER Featuring JEI “Amame (Long Ass Mix)” (Nervous 2011)
LOVEBIRDS Feat. STEE DOWNES “Want You In My Soul” (Winding Road 2011)
KRAAK & SMAAK Feat. ROMANTHONY “Let’s Go Back (Kraak & Smaak Club Mix)” (Jalapeno 2011)
MY FAVORITE ROBOT “Forest Fires” (Visionquest 2011)
YOUANDEWAN “1988″ (Lo:Rise 2011)
MANO LE TOUGH “In My Arms” (Internasjonal 2011)
MATHEW JONSON “Dayz” (Crosstown Rebels 2011)
BHOO & YNM Aka CIPOLETTA “Cloud Seeding (Sasse Remix)” (Abstract Theory 2011)
DEMS “House (Evil Nine Remix)” (Bad Life 2011)
ELIPHINO “I Played” (Somethink Sounds 2011)
MERROC “Phonky” (Mighty Stuff 2011)
ZONUM “Parameter” (Balian 2011)
ROMAN FLÜGEL “Brasil” (Dial 2011)
A1 BASSLINE “Buoyancy” (Dirtybird 2011)
LARRY HEARD Presents: MR. WHITE “The Sun Can’t Compare (Long Version)” (Alleviated 2006)
KAHN “Like We Used To” (Punch Drunk 2011)
JAMIE XX “Far Nearer” (Numbers 2011)
REDINHO “Stay Together” (Numbers 2011)
2562 “Aquatic Family Affair (Extended Re-Cut)” (When In Doubt 2011)
LANDO KAL “Further” (Hotflush 2011)
PHAELEH Feat. I-MITRI “Perilous” (Afterglo 2011)
MENSAH “Digital Dreamer” (Hench 2010)
GIRL UNIT “Wut” (Night Slugs 2010)
BENTON “Sinners” (Box Clever 2011)
LKID “Slow Down (Original Mix)” (Grenade Face 2011)
601 “Can’t Take It (Original Mix)” (APE Music 2011)

RITUEL-CÉRÉMONIE
LE YONO


Tous ensemble pour leur foutre au cul…

01/01/2012

Déclaration de candidature de Coluche à l’élection présidentielle de 1981 :

Avis à la population

COLUCHE CANDIDAT

J’appelle les fainéants, les crasseux, les drogués, les alcooliques, les pédés, les femmes, les parasites, les jeunes, les vieux, les artistes, les taulards, les gouines, les apprentis, les Noirs, les piétons, les Arabes, les Français, les chevelus, les fous, les travestis, les anciens communistes, les abstentionnistes convaincus, tous ceux qui ne comptent pas pour les hommes politiques à voter pour moi, à s’inscrire dans leur mairie et à colporter la nouvelle.

TOUS ENSEMBLE POUR LEUR FOUTRE AU CUL AVEC COLUCHE
le seul candidat qui n’a pas de raison de mentir.


Une France de plus en plus gérontocratique

31/12/2011

Grégoire Tirot, membre fondateur du Cercle national de réflexion pour la jeunesse (CNRJ), ancien attaché parlementaire à l’Assemblée nationale auprès d’un ministre, dans Le Monde daté du jeudi 29 décembre 2011 :

L’initiative, début novembre, d’Arnaud Montebourg, député PS de Saône-et-Loire, visant à empêcher l’investiture de candidats du Parti socialiste âgés de plus de 67 ans aux élections législatives de 2012, a provoqué un tollé médiatique retombé aussi vite qu’il était né. L’argument d’un nécessaire renouvellement des idées, qui passerait par le rajeunissement des hommes et des femmes qui les incarnent, s’est vu opposer la dénonciation d’un discours « jeuniste » et l’imparable « on-est-d’abord-jeune-dans-sa-tête », assené par l’inoxydable ancien ministre socialiste Jack Lang.

Il est dommage que ce débat soit demeuré stérile, car il met au jour un dysfonctionnement fondamental de la démocratie française.

1. En effet, on peut légitimement se demander si, en France, il faut être vieux pour « faire de la politique ». Car le pouvoir est très largement confisqué par les aînés. Les données sur l’évolution de l’âge moyen de nos élus nationaux sur ce point sont édifiantes : l’âge moyen des sénateurs s’élève à 62 ans après les élections de septembre ; quant aux députés, le nombre total des plus de 55 ans est passé de 42 % à 60 % entre les élections de 2002 et de 2007.

Il résulte logiquement de ce constat que les jeunes générations sont exclues de la sphère politique, qu’elles boycottent en retour. À l’Assemblée nationale, en 1981, plus d’une centaine d’élus avaient moins de 40 ans, contre seulement 23 en 2007, soit moins de 4 % des 577 députés. Du côté du Sénat, 6 élus sur 348 ont moins de 41 ans en octobre, soit à peine 2 %.

Sans tomber dans la caricature d’une représentation nationale réduite à n’être que le miroir du profil démographique de l’Hexagone, notons néanmoins que nous sommes confrontés à une anomalie démographique majeure : alors qu’à la fin de 2010, les plus de 60 ans représentent 23 % de la population, ces derniers occupent plus de 60 % des sièges d’élus nationaux. À l’inverse, les 25-40 ans, soit 19 % de la population française, ne constituent que 3 % des membres du Parlement.

Comment s’étonner, dès lors, que les jeunes ne s’intéressent et ne participent que modérément au « jeu politique » qui leur est proposé ? D’après les données collectées par la sociologue Anne Muxel, après soustraction des non-inscrits sur les listes électorales et des abstentionnistes, à peine 30 % des moins de 30 ans ont voté lors des quatre tours des scrutins présidentiel et législatif en 2007, contre 65 % des 60-69 ans.

Cette situation constitue également une « anomalie » par rapport à la grande majorité des démocraties développées : une analyse comparative effectuée par le Conseil d’analyse stratégique parue en 2007 indique que l’écart entre l’âge médian de la population française et l’âge moyen de nos représentants est en effet près de deux fois plus élevé que dans les autres pays : seize ans, contre huit en Allemagne et en Slovénie, et neuf ans en Suède et en Espagne.

2. L’absence de renouvellement du personnel démocratique constitue une atteinte au principe démocratique même et porte en elle le risque de voir notre République se muer insensiblement en « gérontocratie », soit le gouvernement du peuple par les anciens pour les anciens. Le peu d’intérêt porté à la situation socio-économique catastrophique des jeunes (le Secours catholique a indiqué récemment que le nombre de demandes alimentaires émanant de personnes ayant entre 18 et 25 ans a triplé entre 2009 et 2010) illustre cette triste « métamorphose » sociologique de nos institutions.

De plus, les décisions politiques adoptées dans ce cadre posent un problème d’équité intergénérationnelle et de justice sociale : les anciens se chargent de décider de l’avenir des jeunes, alors même qu’ils ne l’ont plus devant eux.

Cette vision rétrécie de l’avenir se traduit ainsi par des choix budgétaires qui privilégient le présent au détriment de l’avenir : c’est la revalorisation de 25 % d’ici à 2012 du minimum vieillesse et la promesse de créer un « risque dépendance » ; à l’heure de la rigueur budgétaire, c’est la sanctuarisation du pouvoir d’achat des retraités, qui ont pourtant en moyenne un niveau de vie équivalent, voire supérieur, aux actifs.

Aux jeunes, en revanche, le projet avorté du contrat première embauche (CPE), les stages rémunérés au tiers du smic et la quasi-exclusion du bénéfice du revenu de solidarité active (RSA) pour les moins de 25 ans ; plus globalement, depuis plus de trente ans, c’est l’endettement public pour payer le train de vie d’un pays qui n’a eu que faire d’investir au profit des générations futures.

3. Si à l’incompétence de la jeunesse répond l’usure du pouvoir, pourquoi alors ne pas fixer une limite d’âge au-delà de laquelle un élu doit quitter ses fonctions ?

La difficulté est qu’imposer une limite d’âge sur le plan juridique apparaît comme une entreprise hasardeuse : le Conseil constitutionnel et le juge administratif y verraient certainement une atteinte au principe d’égalité et une discrimination fondée sur l’âge injustifiable. Si limite d’âge il y a, celle-ci ne peut prendre que la forme d’une règle interne que s’imposeraient les partis politiques. En revanche, deux mesures permettraient d’assurer une meilleure respiration démocratique au sein de nos institutions politiques :

L’instauration d’une véritable règle de non-cumul des mandats et la limitation du nombre de mandats à une même fonction élective.

Alors pourquoi les jeunes ne s’intéressent-ils pas à la politique ? On l’aura compris : parce que les politiques ne s’intéressent pas à la jeunesse et ne lui font pas la place qu’elle mérite. À l’heure où les jeunes « indignés » du monde entier clament leur colère, les élections législatives de 2012 constituent à ce titre une opportunité pour réduire ce profond déséquilibre « démographico-démocratique » : ne la gâchons pas, car le « pouvoir de la rue » s’exprime toujours plus violemment que celui des urnes.

Lire ce point de vue sur son site d’origine

Lire aussi sur le même sujet « Le Ghetto français, ce ne sont pas les quartiers, mais la vieille élite » et « Pays de vioques »


Rendre inaliénables les biens communs

30/12/2011

Ugo Mattei, professeur de droit international comparé au Hastings College of the Law de l’université de Californie (UC Hastings), dans Le Monde diplomatique de décembre 2011 :

Lorsqu’un État privatise une voie ferrée, une ligne de transport aérien ou un hôpital, qu’il cède la distribution d’eau potable ou vend des universités, il exproprie la communauté d’une partie de ses biens ; une expropriation symétrique à celle qu’il réalise sur la propriété privée lorsqu’il souhaite construire une route ou tout autre ouvrage public. Dans un processus de privatisation, le gouvernement vend quelque chose qui n’est pas à lui, mais qui appartient proportionnellement à chacun des membres de la communauté, de la même manière que, lorsqu’il saisit un champ pour construire une autoroute, il acquiert par la coercition une propriété qui n’est pas la sienne.

Cela revient à dire que toute privatisation décidée par l’autorité publique — représentée par le gouvernement du moment — prive chaque citoyen de sa quote-part du bien commun, comme dans le cas d’une saisine de bien privé. Mais avec une différence de taille : la tradition constitutionnelle libérale protège le propriétaire privé de l’État bâtisseur, en instituant l’indemnisation pour expropriation, alors qu’aucune disposition juridique, et encore moins constitutionnelle, ne protège de l’État néolibéral lorsqu’il transfère au privé des biens appartenant à la collectivité.

Du fait de l’évolution actuelle du rapport de forces entre les États et les grandes entreprises transnationales, cette asymétrie représente un anachronisme juridique et politique. Pareille irresponsabilité constitutionnelle autorise les gouvernements en place à vendre librement le bien de tous pour financer leur politique économique. Elle nous fait oublier que les pouvoirs politiques devraient se placer au service du peuple souverain, et non l’inverse.

Certes, le « servant » (le gouvernement) doit pouvoir disposer des biens de ses mandataires (les citoyens) pour accomplir correctement son service ; mais son rôle est celui d’un administrateur de confiance, pas d’un propriétaire libre d’abuser de son patrimoine. Car une fois aliénés, abîmés ou détruits, les biens communs n’existent plus pour la collectivité. Ils ne sont pas reproductibles et sont difficilement récupérables, que ce soit pour la génération présente — à supposer qu’elle se rende compte qu’elle a choisi, à la majorité, un servant scélérat — ou pour celles à venir, auxquelles on ne peut même pas reprocher un choix qu’elles n’ont pas fait. La question des biens communs passe d’abord par une forme constitutionnelle, puisque c’est dans les Constitutions que les systèmes politiques fixent les options de long terme qu’ils veulent soustraire à l’arbitraire des gouvernements successifs (1).

Il importe donc de développer une élaboration théorique, accompagnée d’une défense militante, traitant les biens communs comme une catégorie dotée d’une autonomie juridique constituant une solution de rechange aussi bien à la propriété privée qu’à la propriété publique (2). Cette tâche s’avère d’autant plus nécessaire que le servant est aujourd’hui atteint du vice mortel du jeu (le crédit plutôt que l’impôt pour financer ses activités), ce qui l’a fait tomber entre les mains d’usuriers à l’évidence plus forts que lui.

Dans l’écrasante majorité des États, en effet, le gouvernement, soumis par quantité de canaux aux intérêts financiers globaux, dissipe les biens communs en dehors de tout contrôle, avançant comme explication la nécessité de payer ses dettes de jeu. Cette logique fait passer pour naturel et obligatoire un état de choses résultant en réalité de choix politiques constants et délibérés.

La conscience des biens communs, c’est-à-dire le fait de voir en eux des outils de satisfaction des besoins et des droits fondamentaux de la collectivité, ne se décide pas sur le papier (3). Elle se forme dans le cadre de luttes, souvent défaites mais toujours émancipatrices, menées pour leur défense dans le monde entier. Dans bien des cas, les véritables ennemis sont justement ces États qui devraient en être les gardiens fidèles. Ainsi l’expropriation des biens communs en faveur des intérêts privés — des multinationales, par exemple — est-elle souvent le fait de gouvernements placés dans une dépendance croissante (et donc en position de faiblesse) à l’égard des entreprises qui leur dictent des politiques de privatisation, de « consommation » du territoire et d’exploitation. Les situations grecque et irlandaise sont de ce point de vue particulièrement emblématiques.

La tradition occidentale moderne s’est développée dans le cadre de la dialectique État propriété privée, à un moment de l’histoire où seule cette dernière semblait avoir besoin de protections face à des gouvernements autoritaires et omnipotents. De là proviennent les garanties constitutionnelles que sont l’utilité publique, le domaine réservé à la loi (qui garantit au législateur le monopole de certaines questions, excluant les interventions des autres pouvoirs d’État sous forme de décrets ou de règlements) et l’indemnisation. Mais maintenant que le rapport de forces entre État et secteur privé a évolué, la propriété publique a elle aussi besoin de protections et de garanties de long terme. Or celles-ci sont difficiles à concevoir à l’intérieur du cadre traditionnel, qui restreint la chose publique à l’État. Voilà pourquoi la protection libérale classique du privé par rapport à l’État ne suffit plus.

La conscience politique de l’expropriation ou du saccage des biens communs dans le cadre des luttes en cours (pour l’eau, pour l’université publique, pour l’alimentation, contre les grands travaux qui dégradent les territoires) émerge souvent de manière diffuse, sans pour autant déboucher sur l’élaboration de nouveaux outils théoriques capables de la représenter et d’indiquer une direction commune à ces mobilisations. La catégorie des biens communs est appelée à remplir cette nouvelle fonction constitutionnelle de protection du public face à l’État néolibéral et au pouvoir privé.

Cette notion a connu un saut qualitatif quand, en 2009, l’économiste nord-américaine Elinor Ostrom a reçu le « prix Nobel » d’économie pour ses travaux sur les commons, et en particulier pour son livre « Gouvernance des biens communs » (4). Elle est même devenue un mot-clé au niveau international. Toutefois, cette consécration a largement gommé son potentiel critique. Dans la communauté scientifique, l’œuvre d’Ostrom n’a pas entraîné la reconnaissance pleine et entière des conséquences révolutionnaires de la mise en position centrale des biens communs au sein des champs juridique et politique.

Théorisée par le biologiste américain Garrett Hardin, la « tragédie des biens communs » (5) — l’idée selon laquelle le libre accès des individus aux ressources partagées entraîne leur surexploitation et menace leur existence — avait amené le courant universitaire dominant à considérer le « commun » comme le lieu du non-droit par excellence.

Dans cette optique, nombre d’économistes et de spécialistes des sciences sociales ont fini par fonder leurs théories sur la mise en scène d’une personne qui, invitée à une réception où quantité de nourriture est mise à disposition, se jette dessus, cherchant par là à maximiser la somme de calories qu’elle peut emmagasiner aux dépens des autres. L’Homo economicus glouton consommerait le maximum de nourriture en un minimum de temps.

Ostrom a montré combien ce modèle de comportement décrit mal la relation de l’homme réel avec le monde. Toutefois, elle n’a tiré aucune conséquence politique du fait que le modèle décrit assez bien les conduites des deux plus importantes institutions qui régissent notre monde. L’entreprise et l’État tendent en effet tous deux à agir, vis-à-vis des biens communs, exactement comme l’invité avide face au buffet : ils cherchent à acquérir le maximum de ressources aux dépens des autres. Poussés par l’intérêt des gestionnaires et des actionnaires dans un cas, de la nation et des dirigeants politiques dans l’autre, ils adoptent des comportements myopes et égoïstes, qu’ils protègent le plus souvent d’un épais brouillard idéologique.

Une fois entré dans le courant académique et scientifique dominant, le discours sur le « commun » risque de devenir l’un des registres à la mode de l’après-crise, tels ceux de la « soutenabilité » ou de l’« économie verte ». Les générations qui ont succédé à la révolution scientifique ont trouvé le moyen d’ouvrir un coffre où étaient conservées d’immenses fortunes que les générations précédentes ignoraient détenir et n’avaient pas les moyens d’exploiter (6). La « première modernité » (XVIe-XVIIIe siècle), à travers l’alliance du droit, de la technique et de l’économie, a forgé un imaginaire qui présente comme « science » le fait de profiter, en les dissipant, des richesses contenues dans ce coffre (charbon, pétrole, gaz et eau douce profonde), ressources naturelles que nous ne pouvons produire et qui ne se renouvellent pas naturellement, sinon sur des millions d’années. C’est sur cet imaginaire que se fonde cette science de l’exploitation rapide et efficace du trésor que, depuis trois cents ans, nous appelons économie.

Dans la mentalité moderne, exploiter des biens communs — par une consommation aboutissant inévitablement à leur privatisation en faveur de ceux qui réussissent à en jouir et à en tirer profit le plus efficacement — passe pour naturel. Le processus d’accumulation appelle la marchandisation, dont les présupposés sont la monnaie, la propriété privée du sol et le travail salarié, inventions humaines qui détournent à des fins commerciales des valeurs qualitatives uniques en elles-mêmes et non reproductibles, comme la terre, le temps de vie et l’échange qualitatif.

Karl Marx avait décrit le processus d’accumulation primitive — notamment la spoliation des terres communes en Angleterre, au XVI siècle — comme l’étape initiale du développement capitaliste : il avait permis l’avance d’un capital suffisant à enclencher la révolution industrielle. Toutefois, on pourrait étendre la définition et considérer que l’accumulation primitive par la conquête des biens englobe également la privatisation de ce qui a été bâti grâce à la fiscalité, fruit du travail de tous : transports et services publics, télécommunications, aménagement urbain, biens culturels et paysagers, écoles (et plus largement tout ce qui touche à la culture et à la connaissance), hôpitaux ; en somme, toutes les structures qui gouvernent la vie sociale, jusqu’à la défense et aux prisons (7).

Un changement général de sensibilité, qui conduirait à faire du « commun » la perspective centrale, poserait les fondations d’un renversement qui se jouerait sur le plan technico-juridique. Il s’agit donc de dévoiler, de dénoncer et de dépasser le paradoxe hérité de la tradition constitutionnelle libérale : celui d’une propriété privée davantage protégée que la propriété collective.

(1) Nécessaire, cette protection n’en demeure pas moins fragile. En France, la constitutionnalisation des monopoles des services publics en 1946 n’a pas empêché des formes ultérieures de démantèlement.

(2) Michael Hardt et Antonio Negri, « Commonwealth », Harvard University Press, Cambridge, 2009.

(3) Ugo Mattei et Laura Nader, « Plunder: When The Rule Of Law Is Illegal », Blackwell, Oxford, 2008.

(4) Elinor Ostrom, « Gouvernance des biens communs. Pour une nouvelle approche des ressources naturelles », De Boeck, 2010 (éd. originale : 1990).

(5) Garrett Hardin, « The Tragedy Of The Commons », Science, vol. 162, n° 3859, Washington, décembre 1968.

(6) Carlo M. Cipolla, « The Economic History Of World Population », Penguin, Londres, 1962.

(7) Elisabetta Grande, « Il terzo strike. La prigione in America », Sellerio, Palerme, 2007. Lire également les réflexions de David Harvey sur l’« accumulation par dépossession » dans « Le Nouvel Impérialisme », Les Prairies ordinaires, Paris, 2010.

Voir un aperçu de cet article sur le site du Monde diplomatique


Follow

Get every new post delivered to your Inbox.

Join 708 other followers