Archive for the 'eDEN' Category

En 1993, Têtu fait la part belle à la musique électronique…

06/12/2017

En 1993, Têtu fait la part belle à la musique électronique…

Avant de devenir le magazine phare de la communauté gay, Têtu est un fanzine breton au format changeant créé par Loïc Prigent, futur journaliste-star de la mode, avec l’aide de Gildas Loaec, futur co-fondateur du label de musique et de mode Kitsuné.

« Loïc est fan d’eDEN et nous envoie son premier numéro, qu’on adore. Il écrira ensuite pour notre fanzine. De mon côté je lui écris quelques playlists et chroniques, publiées sous mon pseudo Widowsky. Loïc soutient aussi à fond mon 1er maxi en tant que Nature. »

[Team The Micronauts]

Red Bull Music Academy Daily : eDEN, fanzine house stylé

14/03/2016

« eDEN, fanzine house stylé », interview par Antoine Carbonnaux pour le Daily de la Red Bull Music Academy, 14 mars 2016 :

Publié au format A6 pour mieux rentrer dans les poches, eDEN était un fanzine vendu à la criée dans les raves et les clubs, chez certains magasins de disques et sur abonnement. Dans ses pages, agenda, récits de fêtes, chroniques de disques, playlists et tribunes libres se mélangeaient, célébrant la house, l’ambiance joyeuse de ses fêtes et sa scène française florissante. Animée par la passion, l’enthousiasme et l’innocence propres aux premières heures du mouvement, eDEN se faisait le porte parole d’une certaine conception de la fête, portée par des plumes aujourd’hui bien connues de la musique ou du journalisme, telles que David Blot, Didier Lestrade, Loïc Prigent ou encore Sven Løve (le quatrième film de sa sœur, Mia Hansen-Løve, emprunte son titre au fanzine). Sept numéros paraîtront, entre mai 1992 et mai 1994, avant que l’aventure ne se conclut sur un 8ème numéro jamais imprimé, accompagné d’un compilation rassemblant des artistes qui marqueront durablement les années French Touch par la suite. Ses fondateurs, Christophe “Widowsky” Monier et Christophe Vix, et son directeur artistique, Michaël Amzalag, reviennent sur l’histoire du fanzine, couverture par couverture.

— eDEN #1 : Pourquoi avoir créé eDEN ? Comment le fanzine fonctionnait-il ? D’où vient cette baseline « fanzine house stylé » ?

Christophe Vix et Christophe Monier décident de monter un fanzine en discutant dans un café en face de la Salpêtrière début 92. Ils sortent du chevet d’un ami se remettant d’une TS, conclusion d’une énième mauvaise descente provoquée par une énième rave hardcore glauque, sans joie et sans esprit. Ils savent pouvoir trouver facilement une équipe car l’idée flotte déjà dans l’air au sein de leur bande de teufeurs et fans de musique électronique. Le but du fanzine sera de rappeler la diversité, le métissage, les nuances de cette musique, l’ambiance festive et joyeuse des fêtes et des raves ailleurs en Europe, d’élever le niveau d’exigence qualitative et artistique de la scène naissante.

Outre Vix, Monier (qui signe Widowsky, alors producteur avec ses groupes Impulsion et Discotique — il formera plus tard The Micronauts) et leur ami, la rédaction se compose au début de deux étudiantes anglaises, Adelaide Dugdale et Spider, Jerry Bouthier, futur DJ bien connu, Alain Quême futur Alan Braxe, Patrick Vidal, DJ et chanteur (Marie et les garçons, Discotique, Sütra), et Thierry Pilard, disquaire à la Fnac. Jerry nous présente Michaël Amzalag, futur graphiste star au sein de l’agence M/M (Paris) qui devient notre DA et crée le style graphique novateur et reconnaissable entre tous du fanzine. D’où la baseline.

Quant au nom « eDEN », il vient de notre volonté d’idéal, de questionner le rapport mystique prétendu ou affirmé de certains musiciens, de rappeler la quête de paradis des usagers de drogues. C’est de plus un mot compréhensible dans de nombreuses langues.

— eDEN #2 : Le nom de Laurent Garnier revient souvent dans les pages d’eDEN. Que représentait-il pour vous ? Il semble qu’il était loin de faire l’unanimité partout à l’époque ?

Nous sommes fans de la première heure. Notre chauvinisme est flatté lorsque nous découvrons que nos potes anglais le connaissent et sont eux aussi fans ; de même lorsque son morceau « Acid Eiffel » sort sur Fragile, un sous-label de Transmat, le label de Derrick May.

Garnier commence en étant aux premières loges de la scène Madchester. Puis il connaît et joue pour la scène gay, au Boy le mercredi pour les soirées French Kiss, à la Luna, plus tard au Queen (il jouera à la soirée d’inauguration). Il joue aussi bien sûr dans des soirées mixtes, à la Loco et surtout au Rex avec ses fameuses soirées Wake Up Paris où nous vendons à la criée le fanzine. Nous le suivons partout.

Il est déjà l’exemple du DJ qui connaît par cœur cette culture, qui sélectionne ses disques avec exigence, qui construit des sets tout en nuances et variations, loin des autoroutes monomaniaques que nous détestons et combattons.

— eDEN #3-4 : eDEN défend la house et ne mâche pas ses mots à l’égard des raves (« c’est toujours plus agréable qu’une rave techno ») et de la scène techno (« décervelage techno des raves ») ; pourquoi tant de haine ? La scène semblait loin d’être unie à l’époque…

eDEN défend les nouvelles musiques électroniques apparues à la fin des années 80, la house à Chicago, la techno à Detroit, le garage à Newark, ainsi que leur déclinaisons européennes, sans en privilégier aucune. Ces musiques sont diverses, variées, métissées, en perpétuels renouvellement et réinvention. De même les membres d’eDEN changent sans arrêt, certains adorent la techno, même la plus hardcore, et d’autres la détestent. Surtout on adore la controverse et la provocation. Les pages du fanzine reflètent fidèlement ces contradictions.

Ainsi nous ne sommes pas seulement en contact avec la scène franco-française, et de nombreux anglais, américains, hollandais ou allemands rejoignent nos rangs. Certains d’entre nous lisent les Inrocks pour suivre les frasques de Morrissey, vont à un concert de Primal Scream à l’Élysée Montmartre puis à la rave Libération, organisée par Michel Cerdan sous l’arche de la Défense, pour écouter LFO. D’autres idéalisent la vibe smiley, love & peace des raves anglaises ou des fêtes breakbeat/progressive de San Francisco. Ça n’empêche pas eDEN d’aider les filles de BeatAttitude à organiser la salle house d’une free party des Spiral Tribe, où jouent aussi des DJs de Brixton qui nous sensibilisent aux prémices de la jungle. D’ailleurs Pascal Crabbe (qui créera le duo Jess & Crabbe), fan de jungle de la première heure, nous accompagne souvent en rave et nous aide à y vendre le fanzine.

Simplement il y a une sorte de rave labellisée « tekno », hyper glauque et dark, que nous détestons et combattons. C’est celle à l’origine de la mauvaise descente de notre pote et qui semble être alors l’unique modèle en Région Parisienne. Le public y va pour s’abrutir de drogue ; son moteur n’est plus la musique mais la défonce, souvent des mélanges hasardeux ou de l’héro, des drogues ni festives ni sociales. Les gens ne se sourient plus, ne communiquent plus entre eux. Les DJs et donc la musique sont au diapason. Générique, chiante, sans âme, sans groove, sans diversité, sans métissage, sans exigence artistique, elle ne change pas au cours de la soirée. Elle oublie nuance, variation et crescendo. C’est l’autoroute, à l’image des autoroutes minimal ou tech house qu’on connaîtra plus tard.

— eDEN #5 : Le texte « Qui rave ? » synthétise assez bien l’essence du mouvement dont eDEN se faisait l’étendard. Peut on parler d’utopie rave ? Avez-vous le sentiment d’avoir assisté à la naissance d’un des derniers courants musicaux significatifs (pour paraphraser Laurent Garnier qui disait « l’électronique reste la dernière révolution en date ») ?

Ce texte a été écrit par notre ami Michel Cerdan alias Psycho C — allez on balance. Il était alors dir’com de Libération, très engagé, et a eu besoin d’avoir un argumentaire adapté aux contraintes d’un grand média qui se risque sur un terrain alors miné. Rappelez vous que la veille de la rave à la Grande Halle de la Villette, l’Humanité fait sa une sur les nazis de la techno… On avait Charles Pasqua place Beauveau. On peut dire ce qu’on veut, il y a moins de charges de CRS en rave qu’à l’époque. Ce texte a permis à eDEN de se positionner, même si nous avons eu une existence éphémère.

— eDEN # 6 : Parmi ses plumes, eDEN pouvait compter sur Didier Lestrade, éditorialiste éternel insatisfait. Qui était-il, comment l’avez-vous connu, recruté ? eDEN était-elle une publication engagée ?

Lorsque nous démarrons eDEN, Didier Lestrade est pour nous un mythe et un exemple. À la fin des années 80, il est un des rares journalistes musicaux à parler de cette nouvelle musique (dans Libé). Qui plus est il écrit bien, avec humour, de manière passionnée et talentueuse et donne vraiment envie de découvrir les disques dont il parle. C’était une rare bouffée d’oxygène dans la presse française. Ça a été un honneur de le compter parmi nous.

Oui eDEN est une publication engagée, pour l’art et la musique comme on l’a vu plus haut, mais aussi pour la liberté spirituelle : en effet une fête réussie est comme une communion, une zone d’autonomie temporaire où les gens se resynchronisent grâce au beat ; ils réapprennent à être heureux ensemble, à se sourire, communiquer, se rencontrer, ressentir l’amour universel.

— eDEN # 7 : eDEN évoque ouvertement les drogues à travers ses pages. Était-ce un moyen de rompre avec l’hypocrisie des débats mainstream ?

Oui absolument. Nous voulions témoigner d’une approche plus censée, rationnelle et adulte du sujet. Aujourd’hui en 2015, à l’heure où l’Amérique légalise le cannabis, le niveau du débat en France reste pathétique de ringardise, de désinformation et de violence répressive (coincé par la loi du 31 décembre 1970 qui fait consensus en France, sauf auprès de EE-LV…).

— eDEN # 8 : eDEN se termine sur le constat amer d’avoir été « le témoin écrit d’une nation house balbutiante et cosmopolite [devenue] un outil de marketing utilisé massivement par les industries. » Quel était votre sentiment à l’arrêt d’eDEN ?

À la fin de l’aventure eDEN, notre sentiment est que nous avons fait ce que nous devions, en défendant la valeur artistique de cette scène d’une part, en découvrant et promouvant ses jeunes acteurs français d’autre part. Chacun d’entre nous doit désormais se consacrer à ses activités artistiques ou professionnelles. Nous avons toujours milité pour que ce mouvement devienne populaire. Il est inévitable que les marchands vont récupérer, copier en émoussant tout ce qu’ils pourront de ces nouvelles formes et expressions. C’est le lot commun à tous les genres artistiques. Ça n’empêche pas l’underground, l’avant garde et les artistes authentiques de continuer à innover, à inventer, sans forcément en cueillir les fruits financiers ni ceux de la reconnaissance médiatique. Aucune amertume car nous n’avons jamais été naïfs.

eDEN8CD LA COMPILATION HOUSE STYLÉE – 75’30” POUR DANSER : eDEN se faisait l’apôtre d’une scène française, croyant dur comme fer à son développement. Cette compilation en est-elle l’aboutissement ? De cette compilation, y a-t-il un ou des morceaux que vous retenez en particulier ? Si oui, pour quelles raisons ? Christophe, en tant que producteur, à quoi ressemblait la scène à l’époque ? Les collaborations étaient-elles fréquentes, ou chacun faisait son truc dans son coin ?

En 1994, deux ans avant les débuts de la French touch, nous réunissons sur une même compilation Daft Punk, Motorbass, Dimitri From Paris, Érik Rug, Jerry Bouthier, Patrick Vidal, Impulsion et The Micronauts, à un moment où ces artistes sont d’illustres inconnus qui nous offrent un morceau inédit de leur choix (la compilation restera dans les cartons…). Sans parler de David Blot, Vincent Borel, Alan Braxe, DJ Deep, D’Julz, Laurent Garnier, Didier Lestrade, Sven Love, Benjamin Morando et Loïc Prigent qui ont écrit dans nos pages. On peut dire qu’on a eu du nez ! Et nous en sommes fiers.

De la compil nous retenons les morceaux des Daft, de Motorbass et des Micronauts qui peut-être préfigurent le mieux le nouveau son qui arrive.

Les collaborations entre les musiciens sont fréquentes, à travers les remixes, les featuring et les groupes plus ou moins éphémères. Cela dit la musique électronique reste un terrain de prédilection pour le producteur démiurge qui crée de toutes pièces des mondes sonores, seul dans son studio.

Antoine Carbonnaux, Christophe Vix-Gras & Christophe “Widowsky” Monier, Paris, vendredi 30 octobre 2015

Voir cet article sur son site d’origine

M/M (Paris) – France (Pop) Culture @ Philharmonie de Paris

21/11/2015

Samedi 21 novembre 2015, 16h30-18h, amphithéâtre de la Cité de la Musique – Philharmonie 2 :

« France (Pop) Culture », conférence de M/M (Paris) donnée lors du « Week-end des Musiques à l’image », organisé par les Audi Talent Awards (section Audi Innovative Lab). Modérateur : Pascal Bertin.

Michael Amzalag et Mathias Augustyniak, alias M/M (Paris), présentent leur travail de graphisme et de direction artistique pour la musique française, de Jean-François Coen à Vanessa Paradis, en passant par Benjamin Biolay, Mathieu Boogaerts, Étienne Daho, Daniel Darc, Mirwais, Jean-Louis Murat… Parmi les travaux montrés figurent aussi les numéros du fanzine eDEN, dont Michaël, Christophe Vix et moi-même étions les initiateurs, ainsi que les pochettes réalisées pour mes groupes Impulsion et The Micronauts.

Voici l’évènement Facebook (Facebook event) et la page de la conférence sur le site de la Philharmonie.

eDEN (1992-1994) :

Celluloid – The Electro Years – Why Is It Fresh? (1998) :

The Micronauts – The Jag (1999) :

The Micronauts – Bleep To Bleep (2000) :

Impulsion (1998-1999) :

De Rave Age à Respect : quelques flyers emblématiques

26/11/2014

La sortie du film « Eden » de Mia Hansen-Løve et la connexion avec le fanzine eDEN me donne l’occasion de ressortir quelques flyers de mes archives et de me souvenir de cette période.

Au début des années 90, la musique électronique (que le grand public appelle de manière indifférenciée « techno ») s’écoute dans les raves. Grâce à l’absence revendiquée de sélection à l’entrée, le public y est extrêmement mélangé. Jeunes, vieux, homos, hétéros, parisiens, banlieusards, drogués ou pas, toutes sortes de tribus s’y retrouvent et apprennent à faire la fête ensemble. Ce mouvement fait peur aux conservateurs de droite comme de gauche et les raves sont vite réprimées par les autorités. Même lorsqu’elles sont organisées de manière officielle en respectant les réglementations, des interdictions préfectorales tombent à la dernière minute sous divers prétextes, ruinant les organisateurs. S’ensuit un retour vers les clubs, ainsi que la redécouverte de la sélection à l’entrée, de la segmentation du public et d’une drogue passée de mode depuis 10 ans, la coke. En France, ce passage s’effectue au milieu des années 90 et correspond au début de ce qu’on appellera la French touch, avec un nouveau public plus homogène, bourgeois blanc hétéro.

Une sélection de flyers de fêtes organisées ou labellisées par le collectif eDEN entre 1992 et 1995 sont au bout de ce lien, notamment la Yes Party reconstituée pour les besoin du film (où le héros rencontre Tony Humphries) et la toute première soirée Cheers à l’Erotika.

Ci-dessous se trouvent d’autres exemples de fêtes historiques ou représentatives de cette période, auxquelles j’ai participé ou qui m’ont marqué.

Au début du film « Eden » on voit les protagonistes se rendre à une fête Rave Age. Elle symbolise les premières raves françaises organisées par Manu Casana dès 1989. Celui-ci est également le créateur de Rave Age Records, premier label techno français, dont la première référence en 1990 était le maxi « Sexe » de Discotique, le groupe que j’avais créé avec Patrick Vidal.

Rave Age au Collège Arménien, DJ Kees et DJ Freddy B, 13 avril 1990 :

Rave Age – Rave The Bass! à l’Usine Éphémère, DJs Frankie Bones, Adam X, DJ Noodles, DJ Dee, DJ David, DJ Kristian, live PA Ice Bath-Mental MXC, 29 février 1992 (illustration Le Duc) :

Beatattitude était le nom des raves organisées par Cécile Alizon et Nathalie Saphier, par ailleurs membres du collectif eDEN. La première, dont voici le pré-flyer, a lieu dans un ancien entrepôt Saint Maclou squatté en face de la gare d’Austerlitz, devenu aujourd’hui Cité de la mode et du design.

Beatattitude, 25 avril 1992 (graphisme Nathalie Saphier) :

En 1992, Jean-Louis Brossard, programmateur des Rencontres Trans Musicales de Rennes, demande à Manu Casana d’organiser une soirée purement électronique. Ça sera la première Rave Ô Trans. DJ Pascal R avec qui je fais Impulsion y joue en tant que DJ (on jouera en live aux 18e et 19e Transmusicales en 96 et 97).

Rave Ô Trans, live PAs The Orb, 808 State, Underground Resistance, Juan Trip Experience, Pills, DJs Frankie Bones, Mad Mike, Trevor Fung, DJ Lewis, DJ Pascal R, Jack de Marseille, 5 décembre 1992 (pré-flyer et flyer) :

Comme montré dans le film, la scène house parisienne émergente est toute petite, tout le monde se connaît et les Daft Punk sont là. C’est à une rave organisée par le DJ anglais Nicky Holloway à côté d’Eurodisney qu’ils rencontrent le groupe Slam, boss du label écossais Soma sur lequel ils sortiront leurs premiers maxis.

Dance Europe Weekender au Novotel de Collégien, 24 et 25 septembre 1993 :

Sven Hansen-Løve (dont le film raconte la vie) et Greg Gauthier, futurs créateurs de Cheers, ainsi que leur pote Frédéric Veidig, photographe, fêtent ensemble leurs 20 ans.

20, DJs Franck, Grégory Gauthier, Sven Love, Serge Papo, 6 novembre 1993 (illustration et graphisme Nathalie Saphier) :

Alive Party (fête de lancement du 1er maxi des Daft, « The New Wave ») au Blues du nord, DJs Daft Punk, Sven Love, Mush, 1er avril 1994 (graphisme Serge Nicolas) :

Probablement la soirée la plus privée de la French touch, la fête de lancement de Pumpking Records est organisée par les deux boss du label Médéric Nébinger et Éric “Rico” Chedeville. Médéric avait déjà sorti un maxi sur Rave Age Records. Plus tard il s’exilera à New York, sortira un album sur Twisted America et quelques maxis sur Synewave, le label de Damon Wild. Éric lui fondera avec Guy-Manuel de Homem-Christo des Daft Punk le label Crydamoure. Derrière les platines, pas moins que Guy-Man des Daft, Serge Nicolas leur graphiste attitré (et futur organisateur des soirées Paradise Massage), Sven Love, ainsi que les futurs Alan Braxe et Jess & Crabbe !

Pumpking Party, DJs Jess, Crabbe, Guy-Manuel de Homem-Christo, Serge Nicolas, Sven Love, Alain Braxe, 22 juillet 1994 :

Cheers, DJs Greg Gauthier, Sven Love, André, 13 juillet 1996 (graphisme Corentin Seguin de Broin) :

Les soirées Respect co-organisées par Fred Agostini, David Blot et Jérôme Viger-Kohler occupent une grande place dans le film « Eden ». En voici quelques-unes dont celle à La Locomotive (aujourd’hui La Machine du Moulin Rouge), où je jouais en live avec un de mes groupes, Impulsion.

Respect à La Locomotive, DJs Dimitri From Paris, Philippe Zdar, Sven Love, Black, Jef K, Ivan, Yellow, Dee-Lat, live PA Impulsion, 24 septembre 1997 :

Respect Is Burning nº 20 au Queen, DJs David Chong, Valentin et Dr. Old School, 4 mars 1998 (photo Agnès Dahan) :

Respect Is Burning nº 21 au Liquid à Miami, DJs Dimitri From Paris, Daft Punk, Mousse T, Boris Dlugosh et Ricky Morrisson, 11 mars 1998 (photo Agnès Dahan) :

Eden le film

14/11/2014

Mercredi prochain sort « Eden », un film réalisé par Mia Hansen-Løve qui raconte l’ascension et la chute d’un DJ garage, des débuts de la French touch jusqu’à aujourd’hui. L’histoire est largement inspiré de la vie de son grand frère, le DJ Sven Love, qui a coécrit le scénario. Sven est le créateur avec son ami Greg Gauthier de Cheers, duo de DJs et organisateurs de soirées.

Entre 1992 et 1996, eDEN était aussi un fanzine et un collectif de ravers et de fans de musique électronique, dont le noyau dur était composé de Christophe Vix, Michaël Amzalag et moi-même, Christophe Monier (à l’époque je signais Widowsky). Sven était rapidement rentré dans la bande, contribuant au fanzine par des chroniques de disques ou des interviews, et jouant comme DJ dans les soirées eDEN. De nombreux acteurs connus et reconnus de la scène électronique française ont écrit dans le fanzine, citons David Blot, Vincent Borel, Jerry Bouthier, Alan Braxe, DJ Deep, D’Julz, Laurent Garnier, Didier Lestrade, Benjamin Morando, Loïc Prigent ou encore Patrick Vidal.

Au début du film on voit le héros se rendre à une soirée Rave Age, y trouver un stand eDEN, discuter avec le vendeur, feuilleter et acheter un numéro, exactement comme ça a pu se passer (voir les bandes-annonces ci-dessous). Il va peu après à une soirée produite par le collectif eDEN qui a réellement existé, la Yes Party, reconstituée pour les besoins du film.

« Mia Hansen-Løve : “Le mot eden symbolise ces années” », interview par Julien Gester pour Libération Next, 30 octobre 2014 :

[…]

J’avais complètement oublié l’existence d’eDEN quand j’ai écrit le film. Je suis partie d’entretiens avec mon frère, Sven, qui me racontait ses souvenirs, quand il a commencé à sortir au début des années 90, dans les raves anglaises, puis en France quand Thatcher les a interdites en Angleterre et que le mouvement a migré ici. Le film débute au moment où les raves du fort de Champigny s’institutionnalisaient, et l’on a eu la chance de pouvoir y tourner. Sven m’a tout de suite parlé de ce fanzine créé par Christophe Vix et Christophe Monier consacré à la house, aux raves, à la techno, comme l’un des symboles de quelque chose qui commençait alors dans l’underground en France autour de ces cultures. Beaucoup de gens importants pour cette scène sont passés par ses pages, Michael Amzalag de M/M qui en faisait le graphisme, David Blot, Laurent Garnier, Didier Lestrade, et tant d’autres…

Quand Sven a commencé à mixer, il avait 18 ans, il a organisé ses premières soirées dans un club de strip-tease de Pigalle, et c’est parti tout de suite. La cruauté de son parcours tient en partie au fait que cela a décollé si vite, parce qu’il était au cœur de quelque chose qui prenait son essor au même moment. Très vite il a choisi le garage comme un son auquel il s’est identifié, et il a monté un duo, Cheers, avec Greg Gauthier, un garçon qui habitait dans notre immeuble. Eden symbolise parfaitement ces années et assez vite ce mot s’est imposé comme mon titre.

[…]

Lire la suite de cet entretien sur le site de Libération

« Sven Love raconte Eden, “notre paradis perdu” », interview par Alexis Bernier pour Tsugi, 18 février 2014 :

[…]

— Il y avait aussi eDEN, un fanzine auquel tu as participé et qui a sans doute été, avec le mensuel Coda, le premier magazine électronique.

C’était un magazine à l’esthétique très affirmée et d’un format suffisamment petit pour tenir dans une poche, réalisé à partir de 1992 par des amateurs passionnés qui avaient le sentiment d’être des pionniers. Des gens comme Christophe Vix, qui fait partie aujourd’hui de Technopol, le graphiste Michaël Amzalag de M/M, Christophe Monier des Micronauts ou Loïc Prigent, qui est devenu le célèbre journaliste de mode qu’on connaît, écrivaient aussi bien des chroniques de disque que des conseils pour vivre la fête, avec un humour incroyable et en même temps une approche très profonde. eDEN proposait une réflexion sur la dimension utopique de ces premières soirées. On avait le sentiment que ce que l’on faisait du jeudi au dimanche était plus qu’une grande fête. Cette musique révolutionnait aussi les comportements et les mentalités.

[…]

Lire l’intégralité de cet entretien sur le site de Tsugi

Lire aussi le post au sujet d’Eden sur le site de Red Bull Sudios

French Touch, graphisme, vidéo, électro

11/10/2012

Une sélection du travail graphique de M/M (Paris) pour The Micronauts, Impulsion (mon side project avec DJ Pascal R) et eDEN (le fanzine que j’ai contribué à créer dans les années 90) est présentée en ce moment dans l’exposition « French Touch, graphisme, vidéo, électro » au Musée des Arts Décoratifs de Paris.

Le vernissage était mardi dernier et l’expo se poursuivra jusqu’au 31 mars 2013. Le catalogue, publié sous la direction de la commissaire de l’exposition, Amilie Gastaut, et mis en page par H5, est disponible aux Éditions Les Arts décoratifs. On y retrouve des textes de Anaïd Demir, Jean-Yves Leloup, Christophe Vix et Chane Walter.

Communiqué de presse
Dépliant

Vogue nº 931 octobre 2012 :

Trax nº 159 octobre 2012 :

Le Fly Case – Entretien

31/05/2011

Julien du blog Le Fly Case m’a longuement interviewé, et vient de publier l’article sous le titre « Entretien : Christophe Monier (The Micronauts) ». Voici le texte que je lui ai renvoyé après relecture :

— Bonjour Christophe ! Pourrais-tu commencer par nous raconter comment s’est déroulée ta rencontre avec la musique ?

J’ai mon premier choc esthétique à 4 ans, lorsque la maîtresse à l’école maternelle nous fait écouter « L’Oiseau de feu » de Stravinsky. Je le retrouve dans la discothèque de mes parents (composée principalement de musique classique et de quelques valeurs sûres de la chanson francophone comme Brassens, Brel ou Gainsbourg), que je me mets ensuite à parcourir. Je deviens obnubilé par la musique ; j’essaye de retrouver les mélodies que j’aime sur le piano de ma mère. C’est comme ça que je prends conscience de ma vocation musicale. Puis je découvre le rock avec les copains ou en écoutant la radio.

Mes parents sont issus d’un milieu modeste, de tradition protestante du côté de ma mère, où la culture a toujours été valorisée. C’est ainsi qu’elle m’inscrit d’autorité au conservatoire municipal de Colombes (la ville où nous habitons, en pleine banlieue rouge) pour apprendre le piano classique. L’enseignement trop scolaire me saoule rapidement. J’essaye encore la guitare classique, puis j’obtiens qu’elle m’inscrive à la MJC locale [Maison des Jeunes et de la Culture, N.D.L.R.], à l’ambiance plus détendue, pour apprendre la guitare d’accompagnement et la guitare jazz.

Vers 13-14 ans, je tente de monter mes premiers groupes. On fait du rock avec une boîte à rythmes ; c’est l’époque post-punk (enfin bon, on était des banlieusards donc on ne savait pas trop !) (rires). Je rachète à un de mes camarades ma première boîte à rythme, une Roland TR-606 (conçue pour accompagner la fameuse Bassline TB-303, avec laquelle Phuture inventera l’acid house).

En 1982, dans le cadre d’un voyage linguistique, j’ai la chance de rester 3 semaines dans une famille à Washington, puis de passer quelques jours à Boston et à New York. Je rapporte le maxi de « Planet Rock » d’Afrikaa Bambaataa. Juste après commence la folie Grand Master Flash avec « The Message ». Je trouve à la Fnac deux maxis sortis sur Celluloid, Phase II « The Roxy » et Fab 5 Freddy « Une Sale Histoire », qui figureront en bonne place sur la compil CD et triple vinyle « Celluloid – Why Is It Fresh? The Electro Years », que je ferai 16 ans plus tard pour Distance !

(Il s’agit des débuts discographiques très électroniques du hip hop, vite renommé electric boogie puis freestyle — l’appellation electro funk étant d’origine européenne. On y entend de nombreuses sonorités qui seront reprises dans l’acid house et la techno. Un morceau emblématique du freestyle, « Let the Music Play » de Shannon en 1983, serait le 1er disque américain dont la ligne de basse est jouée avec une TB-303. À Los Angeles, où débutent alors Ice-T et Dr. Dre, les producteurs utilisent aussi beaucoup la TB. À Miami le freestyle deviendra Miami bass, booty bass, et beaucoup plus tard… Crunk. La Miami bass s’exporte au Brésil et donne naissance au baile funk. Un dérivé du freestyle est inventé par les latinos, le latin hip hop, scène d’où est issue Madonna. À Detroit, Juan Atkins commence par le freestyle — Cybotron, Channel One — avant d’inventer la techno avec ses potes Derrick May, Kevin Saunderson et quelques autres. Les tempos s’accéléreront quelques années après pour donner naissance à la ghettotech, à la ghetto house et plus récemment à la juke.)

En tant que fan de science-fiction, cette musique futuriste à base de synthés, de séquenceurs et de boîtes à rythmes m’attire particulièrement, comme j’ai été attiré quelques années auparavant par Kraftwerk, Jean-Michel Jarre ou Space Art. Au milieu des années 80 je fais Olga Volga, un duo techno pop (aujourd’hui on dirait electro rock) avec Christophe Conte que j’ai rencontré en fac d’arts (il est maintenant journaliste au magazine Les Inrockuptibles). Nous faisons du rock synthétique en français ou en anglais. Il écrit les paroles et chante, je m’occupe de la partie instrumentale (guitare, clavier, boîte à rythme). C’est comme ça que je rencontrerai Patrick Vidal [chanteur et DJ français, N.D.L.R.], Christophe lui ayant demandé de produire nos morceaux.

Entre-temps, ma famille déménage à Paris, cité des Olympiades dans le 13e. C’est un ensemble d’une cinquantaine de tours et de barres qui deviendra le premier quartier câblé de Paris (la rentabilité du nouveau réseau est a priori assurée grâce à la forte densité de population, dont de nombreux immigrés intéressés par les chaînes de leurs pays d’origine — c’est là que se trouve le Chinatown parisien). Dans le bouquet de chaînes : MTV Europe, basée à Londres, qui me permet de découvrir fin 87-début 88 les premiers clips d’un nouveau style qui vient de débarquer en Europe : la house music. Ce sont d’ailleurs plutôt les variantes anglaises qui sont diffusées : MARRS (sur 4AD), S’Express (le projet de Mark Moore), Coldcut, Yazz, etc.

Jamais les graves n’ont été autant mis en avant dans la musique (basses et grosses caisses synthétiques). J’achète des compils en import US, un peu à l’aveuglette, en décodant les pochettes, et je sors beaucoup, notamment avec mon pote Pascal (futur DJ Pascal R avec qui je ferai le duo Impulsion). Un jour en écumant les bacs de la Fnac Forum, nous tombons sur un double album, la compil « Acid Trax Volume 2 ». Pascal l’achète et nous filons l’écouter chez moi. C’est de l’acid house de Chicago, la vraie, et c’est la grosse claque, un changement de paradigme. J’ai l’impression d’entendre la musique que j’attends depuis toujours, qui mélange la froideur machinique de la techno pop européenne, le groove sophistiqué de la musique noire américaine, les dissonances abstraites des musiques expérimentales. Le résultat est complètement nouveau et avant-gardiste. Il y avait déjà eu pas mal de musique synthétique orientée dancefloor. Mais à quelques exceptions près, je trouvais toujours les rythmiques trop rigides et surchargés, et le son trop petit et froid. Là, l’équilibre était atteint et la sauce prenait.

Malheureusement la France rejette et méprise cette musique. Les médias parlent de mode oubliée dans 6 mois, de « disco pour PD anglais », de musique de drogués, voire de musique de nazis… Heureusement, au milieu de cet océan de haine franchouillarde, il y a les chroniques de disques de Didier Lestrade dans Libération (il en a réunie une bonne partie dans son livre « Chroniques du dance floor » paru l’année dernière).

— Comment s’est faite ton insertion dans le milieu professionnel de la musique ?

J’étais étudiant à Paris I Panthéon-Sorbonne en double cursus : Sciences Éco d’une part, Arts Plastiques option Arts Audiovisuels d’autre part. Mais c’est la musique que j’ai en tête. À 21 ans, une maîtrise d’éco et un Deug d’arts plastiques en poche, je décide de stopper mes études et de travailler pour m’acheter du matos.

Après quelques petits boulots (agent d’accueil, gardien de nuit, vigile !), je trouve un poste d’assistant attaché de presse chez Barclay (un label de la major PolyGram — aujourd’hui Universal). C’est l’envers du décor de l’industrie musicale et j’aime pas trop. Copinage, complaisance, beaucoup de disques médiocres qui sortent on se demande pourquoi. Un monde déconnecté de la rue et des dernières tendances musicales, qui cherche à provoquer des engouements artificiels par la pub, le marketing, l’image. Exactement ce que rejettent les artistes « faceless » de la musique électronique des débuts.

Grâce aux accords interne du groupe PolyGram, Barclay a les droits pour la France du label anglais FFRR, dirigé par Pete Tong. Il s’agit d’un riche catalogue house et techno où on trouve notamment « Rock To The Beat » de Reese & Santonio (un des projets de Kevin Saunderson) et « French Kiss » de Lil’ Louis (un grand DJ et producteur de Chicago). Les gens de Barclay ne captent rien. Ils font le service minimum et ce sont les mauvaises copies européennes que sortent les autres labels qui percent en France. Évidemment ce n’est pas ça qui va améliorer la mauvaise image qu’ont les Français de la house et de la techno, confondues avec la dance commerciale.

Mon salaire me permet d’acheter mon premier sampler, un Akai S950, qui vient compléter mon unique synthé, un Roland JX-10. J’arrive enfin à obtenir un son plus pro. Après 2 ans chez Barclay, un licenciement économique me donne l’occasion de me lancer en tant que musicien professionnel.

Entre-temps Patrick Vidal et moi, nous avons formé le duo Discotique qui mélange house et rock. Patrick me fait découvrir la disco underground, la vraie, celle qui commence avec le Philadelphia sound [style de musique soul originaire de Philadelphie, N.D.L.R.] et sa caisse claire syncopée — source d’inspiration majeure de la house de Chicago —, celle qui explose à New York avec les divas disco et les labels Salsoul, West End et Prelude, sur-samplée par la house new-yorkaise, italienne et anglaise. Celle aussi qui est jouée par Larry Levan au Paradise Garage, qui donnera son nom au style musical « garage ». C’est avec Discotique que je sors mon tout premier disque, sur Rave Age Records, le label de Manu Casana, un ancien punk alternatif qui organisait les premières raves en France. C’est aussi le tout premier disque du label. Le disque, qui mélange house, rock et breakbeat, ne marche pas (rires).

En 1992, je participe sous mon pseudo Widowsky à l’aventure du fanzine eDEN, créé avec une bande de potes ravers (Christophe Vix, futur directeur d’antenne à Radio FG, Michaël Amzalag, futur graphiste star de l’agence M/M Paris, les DJ et producteurs Tom & Jerry Bouthier, les organisatrices de raves Adelaide Dugdale, Spider, BeatAttitude, etc.). On veut défendre house et techno métissées et uplifting, contre les tendances héroïnomanes et dépressives de certaines raves.

Au format A6 qui rentre facilement dans les poches, on le vend à la criée dans les raves et les quelques clubs qui nous acceptent (notamment au Rex Club lors des soirées Wake Up Paris organisées par Laurent Garnier et Éric Morand). On est un peu dilettante et ne sortiront que 7 numéros (dont un nº double), entre mai 92 et mai 94.

Nous commençons l’ambitieux nº 8 qui se veut le point final de l’aventure eDEN en forme d’apothéose : un état des lieux de la scène house française naissante, qui ne s’appelle pas encore French touch, avec interviews et compilation CD en cadeau. Le track listing est décidé et la compilation masterisée. On a eu du flair et les futurs grands noms de la French touch sont représentés, par des inédits ou des versions inédites : Daft Punk, Motorbass, Dimitri From Paris, Erik Rug… Sans oublier la « famille » : Patrick Vidal, les Bouthiers, Impulsion, The Micronauts…

Comme d’hab les choses traînent un peu ; nous vaquons à nos occupations de plus en plus prenantes. Le temps que tout soit prêt, le buzz French touch a sévèrement grossi et notre distributeur (Média 7) est devenu trop gourmand. Il veut transformer en sortie standard ce qui ne devait être qu’une opé d’autopromotion de la scène locale basée sur l’échange et vendue à prix coûtant (les artistes avaient eu la classe de nous filer les morceaux gratis, à condition bien sûr de ne pas faire d’argent sur leur dos). Le changement d’avis du distrib rend la chose impossible. Finalement le numéro et le CD censé l’accompagner ne seront jamais fabriqués. Au moins grâce à internet, les textes sont aujourd’hui disponibles.

— Comment as-tu fait la rencontre de George Issakidis avec qui tu commenceras le projet The Micronauts ?

George avait rencontré [Christophe] Vix aux soirées Wake Up Paris et ils avaient sympathisé. Il propose de collaborer au fanzine en faisant quelques petites chroniques de disques ou des traductions d’articles (il est canadien anglophone d’origine grecque). Il en écrira quelques-unes pour les nº 7 et 8. Vix nous présente peu après.

À l’époque George se cherche encore. Il ne loupe pas un numéro de The Face ou d’i-D [magazines de style, dédiés à la mode et aux nouvelles tendances, N.D.L.R.]. C’est en voyant dans i-D la photo d’une TB-303 prise par Wolfgang Tillmans [photographe et artiste contemporain, N.D.L.R.] qu’il a un flash et qu’il en achète une.

C’était une machine rare et chère, disponible uniquement sur le marché de l’occasion. Comme il n’a jamais fait de musique, il me demande de lui montrer comment s’en servir. J’incorpore d’abord sa TB à quelques morceaux d’Impulsion (mon projet hard house avec DJ Pascal R) et de Nature (mon projet deep house en solo). Puis je commence un morceau acid où sa TB joue le rôle central. Entre-temps il s’est acheté plus de matos, notamment un JD-800 (synthé Roland) et une Yamaha ProMix 01 (la première table de mixage numérique abordable). C’est l’occasion de les tester. Ces séances donneront « Get Funky Get Down », d’après le sample de la voix d’une de mes copines utilisé tout le long. Le morceau plaît spontanément. Rapidement on enchaîne avec « The Jazz » et « The Jam ».

— Pourquoi avoir choisi ce nom « The Micronauts » ?

On s’était trouvé un goût commun pour la science-fiction. Gamin, j’étais fan d’une série de figurines articulées appelées The Micronauts (jouets américains adaptés des Microman japonais). C’était des petits robots censés évoluer dans le monde des particules subatomiques. Ils étaient assez durs à trouver en France. Un comics Marvel bien tripant en avait été tiré, que j’avais découvert à l’occasion d’un voyage scolaire en Angleterre. George connaissait les B.D. et avait lui aussi bien accroché. Je me souviens d’avoir l’idée du nom The Micronauts dans un taxi qui nous emmenait au Queen pour une soirée Respect ; le nom est immédiatement adopté.

— Comment s’est développé le projet The Micronauts ?

Nous envoyons quelques cassettes avec Get Funky Get Down, The Jazz et The Jam à une poignée de labels anglais et allemands, dont Clear, un label hype de l’époque. Nous n’obtenons aucune réponse. Six mois plus tard, un certain Chris Coghlan nous contacte : Il est intéressé. C’est le D.A. [Directeur Artistique d’une maison de disques, N.D.L.R.] de Phono, un sous-label nouvellement créé de Vinyl Solution, où débute Matthew Herbert. Nous allons à Londres les rencontrer.

Coghlan et Herbert nous racontent comment ils sont tombés sur notre cassette : un jour qu’ils sont dans le bureau de Hal Udell, le D.A. de Clear (Herbert sortait des tracks electronica sur Clear sous le nom Doctor Rockit), celui-ci se plaint de recevoir des tonnes de démos merdiques. Comme exemple de truc bien pourri, il leur fait écouter notre cassette… Coghlan et Herbert se regardent avec des yeux ronds, lui disent qu’ils trouvent ça mortel et récupèrent la bande.

Coghlan veut d’abord sortir « The Jazz » et « The Jam ». Mais j’ai proposé entre-temps ces morceaux à Loaded, un label de Brighton avec qui je suis en contact grâce à Impulsion (on y a déjà sorti le maxi « Big Muff π »), qui les a pris. C’est à peu près à ce moment que Loaded crée le sous-label Skint, dont Norman Cook sera le pilier avec son projet Fatboy Slim. Je sortirai aussi sur Loaded un autre maxi d’Impulsion, « Rock That House Musiq », l’unique maxi de The Eurostars, mon projet avec Tom Bouthier, et un remix par Impulsion d’un morceau de Pizzaman.

Pour le maxi sur Phono, il ne reste donc que « Get Funky Get Down » ; pas suffisant pour le remplir. Par chance, on vient d’en récupérer un remix par les Daft Punk… Ils avaient entendu le track lors de la rave « Luv You » organisée par Greg Gautier dans un gymnase au bord du canal St-Martin [le 28 mai 1994, N.D.L.R.]. J’y faisais un live qui mélangeait tous mes projets, annoncé sur le flyer en tant que « Nature futuring (sic) Impulsion, Discotique, George Issakidis ». Pascal et Patrick étaient donc eux aussi de la partie.

Dans le lineup : les Daft. On les croise souvent dans les soirées. Ça ne fait pas très longtemps qu’ils ont arrêté leur groupe de rock, Darlin’, et leur 1er maxi, « The New Wave », est sorti un mois plus tôt sur Soma. Ils trippent bien sur l’aspect radical et nouveau du concert : 4 gars qui balancent du gros son en hochant la tête en rythme, sans un regard pour le public, planqués derrière leur barrière de machines. Ils viennent nous voir à la fin et nous proposent de remixer le « morceau acid » ; c’est « Get Funky Get Down ». Et ça sera le tout premier « Daft Punk Remix » !

Il nous manque encore un track pour compléter le maxi. Le rendez-vous gravure à The Exchange [studio de mastering à Londres, N.D.L.R.] et les billets d’Eurostar sont déjà pris. On a une semaine pour faire « Back To The Bioship », un challenge pour moi qui passe rarement moins d’un mois sur un morceau ! Je me vois encore appuyer sur le bouton stop du DAT [enregistreur audionumérique sur bande magnétique, N.D.L.R.], attraper la cassette et courir vers le métro sans prendre le temps d’éteindre les machines, pour ne pas arriver en retard à la gare ! Le disque sortira au début de l’année suivante, en 1996.

Peu après la sortie du maxi sur Loaded, les Chemical Brothers passent à Radio FG. George est prévenu et passe leur filer un exemplaire du maxi. Il est très fan de leur 1res prod et remixes qu’il m’a faits découvrir ; moi aussi du coup. Un an après les Chems nous contactent pour nous demander de remixer « Block Rockin’ Beats », 1er extrait de leur deuxième album « Dig Your Own Hole ».

Ils nous apprennent qu’ils n’ont pas arrêté de jouer « The Jazz », devenu un des titres phares de leurs DJ sets. Ils l’incluront d’ailleurs, avec notre remix de « Block Rockin’ Beats », à leur compil mixée, « Brothers Gonna Work It Out ». Ils jouaient également tout le temps « Higher (Hard Instrumental) » d’Impulsion. Ils en ont fait leur propre edit qu’ils ont mis sur quelques DJ mixes qui ont beaucoup tourné, en pirate (le morceau d’Impulsion étant parfois renommé « Clenched Fist ») ou en CD promo officiels.

C’est ainsi qu’on se retrouvera à faire la 1re partie de leur concert, une fois à La Cigale le 20 juin 1999 et une seconde fois à la Brixton Academy le 2 décembre 1999 (anecdote : Richard James alias Aphex Twin est dans la salle, venu en simple spectateur).

Les Chems veulent nous signer sur Freestyle Dust (leur label au sein de Virgin UK, sur lequel ils sortent leurs disques). Mais dans la mesure où ce n’est pas un vrai label indé — c’est juste une étiquette au sein d’une major — et où il n’y a qu’eux qui y sortent des disques, nous préférons signer avec Science. C’est un autre label de Virgin UK, créé par Steve Brown, qui se trouve être également le D.A. de Freestyle Dust. Simplement son image n’est pas liée à un groupe ou à un style en particulier. En plus le nom est hyper classe et on est en bonne compagnie : nos « labelmates » sont Photek, Source Direct et Stacey Pullen ! (rires)

On sortira sur Science un maxi (« The Jag ») et un mini-album (« Bleep To Bleep »). Les critiques sont enthousiastes et le buzz énorme. Mais les disques ne se vendent pas. Virgin c’est aussi le label des Spice Girls, gros carton mondial de l’époque. Vendre des caisses de disques aux grandes surfaces, ils savent faire. Moins quand c’est trop pointu ou trop spé : ils n’ont pas les bons réseaux. Comme nos disques leur ont quand même coûté un peu d’argent, en avance, frais promo et vidéo, la pression de la hiérarchie sur notre D.A. est intense, même s’il n’en laisse rien paraître. Les relations croisées entre Virgin, notre avocat-manager, et au sein du groupe se dégradent. Finalement, George quitte le groupe dans le courant de l’année 2000 et Virgin rend le contrat.

— Pourrais-tu me parler de ton label, Micronautics ?

J’ai créé Micronautics en 2003 pour sortir ma musique en toute indépendance ; c’est un retour aux sources et aux fondamentaux de la scène électronique. Malgré la reconnaissance critique et les rentrées d’argent, je n’étais pas très heureux pendant cette 2e moitié des 90s. Je menais de front deux projets, signés sur deux majors différentes (Impulsion avait atterri sur Sony). J’étais amené à passer beaucoup de temps avec des gens inintéressants ou à faire des choses fastidieuses. Trop reposait sur mes épaules et ma vie privée en subissait les conséquences. J’avais besoin de revenir à plus de simplicité et d’authenticité.

Je trouve un distributeur, Vénus, avec un réseau qui me correspond, techno et électronique plutôt que French touch ou commercial. Ils bossent avec une usine de gravure et de pressage hollandaise impeccable. Je fais 3 maxis avec eux et ça se passe super bien. Un titre du 1er maxi, « High Rise » est matraqué et playlisté par les plus grand DJs techno : Sven Väth, Dave Clarke, Chris Liebing, Fergie, Andrew Weatherall, Michel De Hey, etc. Richie Hawtin veut utiliser un autre track (« Sinecitta ») pour une de ses compils de boucles mixées « Closer To The Edit ». Trop beau pour durer : c’est le début de la fin pour le marché du disque et Vénus fait faillite en 2005, comme beaucoup de distributeurs à la même période. Un des gars de Vénus part chez Cyber Production créer Syncrophone Distribution et je le suis un temps. Mais la magie n’opère plus.

— Comment s’est faite ta signature sur Citizen Records ?

Pendant l’été 2006, alors que je suis sur un rocher à Cassis en train de dorer au soleil, je reçois un coup de fil de Fred Gien, D.A. de Citizen Records (le label de Vitalic) et ex-programmateur de L’An-Fer (mythique club Dijonnais). Il voudrait sortir une compilation de la totalité des prods et remixes sortis sous le nom The Micronauts. Ça fait beaucoup et ça va être compliqué d’avoir tous les droits. Il y a aussi un problème de cohérence. Comme je déteste me répéter, mon son a beaucoup évolué au fil des ans. Et j’ai pas trop envie de mélanger les Micronauts duo des années 90 avec les années 2000 où je suis en solo.

Finalement ça sera un double CD en deux parties bien distinctes : « Damaging Consent », un nouvel album qui reprend le meilleur des singles sortis sur Micronautics, plus des nouveaux morceaux, et « A Remixes Retrospective », une compilation de tous les remixes estampillés The Micronauts. Mon seul regret est qu’on n’ait pas réussi à obtenir les droits du remix de « Hollywood » de Madonna que j’avais fait en 2003 (ils n’ont pas répondu). À la place il y a une version instrumentale qui ne garde aucun des éléments de Madonna : « Bollywood » (bon, en fait le vrai remix est offert en bonus track quand on achète toute la compil de remixes sur Bandcamp… Mais chut ! Faut pas le dire).

— Peux-tu me parler des soirées Rituel et Cérémonie auxquelles tu participes ?

En fait Rituel Cérémonie est un collectif d’organisation de soirées et de production musicale qui réuni les Loony Wise Men, Vice Experience et moi.

Nous sommes une bande d’activistes de la musique de danse électronique, dont la rencontre s’est faite grâce à Citizen (Thomas Regnault des Loony et Fred Vice y ont été stagiaires ; Tomass Further, l’autre moitié de Vice Experience et notre graphiste attitré, est aussi le graphiste de Citizen). Nous nous inspirons des expériences anglaises ou allemandes, en restant proches des racines, de la rue et du public, quitte à multiplier les soirées dans les bars, en toute simplicité. Notre 1re grosse soirée club a eu lieu le 29 avril dernier au Batofar, avec notamment Cosmo Vitelli en DJ. Nous soutenons une musique plus exigeante et plus profonde que ce que permettent les formats courts et pop qui ont dominé les années 2000. Après une décennie de régression post 9/11 et de gigotements rock, il est temps de se réapprendre la danse et la transe, et d’aller à nouveau vers l’avant !

— Exerces-tu une autre activité mis à part la production musicale ?

Ces derniers temps, j’ai fait l’ingé-son de mixage ou de mastering pour Bosco, Society Of Silence et pas mal d’artistes Citizen comme John Lord Fonda, et un peu de réal pour Diplomatic Shit et Paris, deux groupes electro rock avec Nicolas Ker [de Poni Hoax, N.D.L.R.] au chant.

— Quelle est ton actualité ?

Pas mal de trucs. Il y a un titre que j’ai réalisé pour Paris qui sort bientôt : « Shifting Drifting World (The Micronauts Rework) ». Je mets aussi petit à petit mon back catalogue en vente sur mon magasin en ligne. Et surtout j’ai plein de disques à terminer : Rituel dont on a parlé, un nouvel EP pour Citizen avec les Bosco et un nouvel album…

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