Archive for the 'musicologie' Category

Saint-André des Arts : R.A.R. – Appelons ça Rave Age, cette musique va faire des ravages

26/03/2016

Une rencontre sur le thème de Rave Age Records, premier label techno français, aura lieu samedi 26 mars 2016 à 14h45, à la suite de la projection à 13h du documentaire « Ex-Taz – Citizen Ca$h (1987-1994) » au Saint-André des Arts (30 rue Saint-André-des-Arts, 75006 Paris).

Outre la réalisatrice, Xanaé Bove, seront présents le fondateur du label, Manu Casana, et les coresponsables de sa première référence, Patrick Vidal et moi-même. Le maxi en question, Discotique « Sexe », figure par ailleurs sur la bande son du film.

Voici l’évènement Facebook (Facebook event).

Saint-André des Arts : Ex-Taz Citizen Ca$h (1987-1994)

16/03/2016

« Ex-Taz – Citizen Ca$h (1987-1994) », le documentaire de Xanaé Bove, sort aujourd’hui en salle en exclusivité au Saint-André des Arts (30 rue Saint-André-des-Arts, 75006 Paris).

Le film se sert du parcours de Pat Ca$h, punk et organisateur de raves de la première heure, pour raconter l’explosion des fêtes sauvages à Paris au tournant des années 90.

Parmi les nombreux intervenants se trouvent notamment Christophe Vix, qui parle de notre fanzine eDEN, ou Patrick Vidal avec qui je faisais le groupe Discotique. Un de nos morceaux figure sur la bande-son, Discotique « Sexe », extrait du premier maxi jamais sorti sur Rave Age Records, label techno monté par Manu Casana et premier du genre en France.

Les projections auront lieu à 13h du 16 au 28 mars (tous les jours sauf le mardi), puis les mardis 5 et 12 avril. Elles seront suivies à 14h45 d’une rencontre avec la réalisatrice et certain des protagonistes du film. Manu, Patrick et moi-même participeront à celle du samedi 26 mars, accompagnés de deux autres artistes découverts par Rave Age Records, Ludovic Bordas de Pills et Juan Trip.

Voici l’évènement Facebook (Facebook event) des projections et celui des rencontres.

Xanaé Bove – Ex-Taz

11/12/2015

« Ex-Taz » est un passionnant film documentaire de Xanaé Bove, qui raconte l’explosion des fêtes sauvages à Paris au tournant des années 90, en suivant le parcours de Pat Ca$h, punk et organisateur de raves de la première heure.

Le film mélange images d’archive et interviews, dont celle de Patrick Vidal, avec qui je faisais Discotique (notre morceau « Sexe » figure sur la bande-son), et celle de Christophe Vix, avec qui j’avais lancé le fanzine eDEN, aidé de quelques autres.

La projection en avant-première a eu lieu le 9 juillet dernier dans une des salles du Grand Rex à Paris. J’y étais !

Plus d’info sur le site du film, nouvellement créé

Ex-TAZ Visuel

exTaz-FlyerRex

Benoît Sabatier – Les Points cardinaux de l’électro française (France Culture)

22/10/2015

Jeudi 22 octobre 2015 :

Aujourd’hui de 15 à 16h, je suis l’invité de Benoît Sabatier sur France Culture, pour le 4e et dernier volet de sa série d’émissions « Les Points cardinaux de l’électro française ». Nous parlerons entre autre du « Rex Club, Mecque parisienne de la musique électronique internationale ».

Voici la page de l’émission sur le site de France Culture, avec le replay.

De Rave Age à Respect : quelques flyers emblématiques

26/11/2014

La sortie du film « Eden » de Mia Hansen-Løve et la connexion avec le fanzine eDEN me donne l’occasion de ressortir quelques flyers de mes archives et de me souvenir de cette période.

Au début des années 90, la musique électronique (que le grand public appelle de manière indifférenciée « techno ») s’écoute dans les raves. Grâce à l’absence revendiquée de sélection à l’entrée, le public y est extrêmement mélangé. Jeunes, vieux, homos, hétéros, parisiens, banlieusards, drogués ou pas, toutes sortes de tribus s’y retrouvent et apprennent à faire la fête ensemble. Ce mouvement fait peur aux conservateurs de droite comme de gauche et les raves sont vite réprimées par les autorités. Même lorsqu’elles sont organisées de manière officielle en respectant les réglementations, des interdictions préfectorales tombent à la dernière minute sous divers prétextes, ruinant les organisateurs. S’ensuit un retour vers les clubs, ainsi que la redécouverte de la sélection à l’entrée, de la segmentation du public et d’une drogue passée de mode depuis 10 ans, la coke. En France, ce passage s’effectue au milieu des années 90 et correspond au début de ce qu’on appellera la French touch, avec un nouveau public plus homogène, bourgeois blanc hétéro.

Une sélection de flyers de fêtes organisées ou labellisées par le collectif eDEN entre 1992 et 1995 sont au bout de ce lien, notamment la Yes Party reconstituée pour les besoin du film (où le héros rencontre Tony Humphries) et la toute première soirée Cheers à l’Erotika.

Ci-dessous se trouvent d’autres exemples de fêtes historiques ou représentatives de cette période, auxquelles j’ai participé ou qui m’ont marqué.

Au début du film « Eden » on voit les protagonistes se rendre à une fête Rave Age. Elle symbolise les premières raves françaises organisées par Manu Casana dès 1989. Celui-ci est également le créateur de Rave Age Records, premier label techno français, dont la première référence en 1990 était le maxi « Sexe » de Discotique, le groupe que j’avais créé avec Patrick Vidal.

Rave Age au Collège Arménien, DJ Kees et DJ Freddy B, 13 avril 1990 :

Rave Age – Rave The Bass! à l’Usine Éphémère, DJs Frankie Bones, Adam X, DJ Noodles, DJ Dee, DJ David, DJ Kristian, live PA Ice Bath-Mental MXC, 29 février 1992 (illustration Le Duc) :

Beatattitude était le nom des raves organisées par Cécile Alizon et Nathalie Saphier, par ailleurs membres du collectif eDEN. La première, dont voici le pré-flyer, a lieu dans un ancien entrepôt Saint Maclou squatté en face de la gare d’Austerlitz, devenu aujourd’hui Cité de la mode et du design.

Beatattitude, 25 avril 1992 (graphisme Nathalie Saphier) :

En 1992, Jean-Louis Brossard, programmateur des Rencontres Trans Musicales de Rennes, demande à Manu Casana d’organiser une soirée purement électronique. Ça sera la première Rave Ô Trans. DJ Pascal R avec qui je fais Impulsion y joue en tant que DJ (on jouera en live aux 18e et 19e Transmusicales en 96 et 97).

Rave Ô Trans, live PAs The Orb, 808 State, Underground Resistance, Juan Trip Experience, Pills, DJs Frankie Bones, Mad Mike, Trevor Fung, DJ Lewis, DJ Pascal R, Jack de Marseille, 5 décembre 1992 (pré-flyer et flyer) :

Comme montré dans le film, la scène house parisienne émergente est toute petite, tout le monde se connaît et les Daft Punk sont là. C’est à une rave organisée par le DJ anglais Nicky Holloway à côté d’Eurodisney qu’ils rencontrent le groupe Slam, boss du label écossais Soma sur lequel ils sortiront leurs premiers maxis.

Dance Europe Weekender au Novotel de Collégien, 24 et 25 septembre 1993 :

Sven Hansen-Løve (dont le film raconte la vie) et Greg Gauthier, futurs créateurs de Cheers, ainsi que leur pote Frédéric Veidig, photographe, fêtent ensemble leurs 20 ans.

20, DJs Franck, Grégory Gauthier, Sven Love, Serge Papo, 6 novembre 1993 (illustration et graphisme Nathalie Saphier) :

Alive Party (fête de lancement du 1er maxi des Daft, « The New Wave ») au Blues du nord, DJs Daft Punk, Sven Love, Mush, 1er avril 1994 (graphisme Serge Nicolas) :

Probablement la soirée la plus privée de la French touch, la fête de lancement de Pumpking Records est organisée par les deux boss du label Médéric Nébinger et Éric “Rico” Chedeville. Médéric avait déjà sorti un maxi sur Rave Age Records. Plus tard il s’exilera à New York, sortira un album sur Twisted America et quelques maxis sur Synewave, le label de Damon Wild. Éric lui fondera avec Guy-Manuel de Homem-Christo des Daft Punk le label Crydamoure. Derrière les platines, pas moins que Guy-Man des Daft, Serge Nicolas leur graphiste attitré (et futur organisateur des soirées Paradise Massage), Sven Love, ainsi que les futurs Alan Braxe et Jess & Crabbe !

Pumpking Party, DJs Jess, Crabbe, Guy-Manuel de Homem-Christo, Serge Nicolas, Sven Love, Alain Braxe, 22 juillet 1994 :

Cheers, DJs Greg Gauthier, Sven Love, André, 13 juillet 1996 (graphisme Corentin Seguin de Broin) :

Les soirées Respect co-organisées par Fred Agostini, David Blot et Jérôme Viger-Kohler occupent une grande place dans le film « Eden ». En voici quelques-unes dont celle à La Locomotive (aujourd’hui La Machine du Moulin Rouge), où je jouais en live avec un de mes groupes, Impulsion.

Respect à La Locomotive, DJs Dimitri From Paris, Philippe Zdar, Sven Love, Black, Jef K, Ivan, Yellow, Dee-Lat, live PA Impulsion, 24 septembre 1997 :

Respect Is Burning nº 20 au Queen, DJs David Chong, Valentin et Dr. Old School, 4 mars 1998 (photo Agnès Dahan) :

Respect Is Burning nº 21 au Liquid à Miami, DJs Dimitri From Paris, Daft Punk, Mousse T, Boris Dlugosh et Ricky Morrisson, 11 mars 1998 (photo Agnès Dahan) :

Les Inrockuptibles : Dans la French touch

26/10/2012

Les Inrockuptibles publient cette semaine la photo que j’avais prise pour ce blog de mon blouson « We give a French touch to house ». Ce bomber avait été distribué aux artistes du label Fnac Music Dance Division dont le directeur artistique était Éric Morand.

C’est dans la rubrique Style de Géraldine Sarratia, titrée « Où est le cool ? » :

L’art, grand oublié de la présidentielle

14/01/2012

« Pauvre ministère de la culture ! » par Pierre Sauvageot, compositeur, directeur de Lieux publics (Centre national de création, Marseille), chef de file d’IN-SITU (Réseau européen pour la création en espace public), dans Le Monde daté du samedi 14 janvier 2012 :

À l’approche de l’élection présidentielle, on attend toujours le débat public sur l’art et la culture. Mais, mises à part les propositions de Martine Aubry déjà enterrées, on voit se profiler une campagne où l’art et la culture n’ont guère de place, ou juste à travers le prisme pour le moins restreint des industries culturelles ou du téléchargement sur Internet.

On ne parlera pas d’art vivant, de théâtre, de danse, de création musicale, d’arts plastique, d’arts visuels, sauf autour de la grande idée consensuelle qui revient à chaque campagne électorale : l’éducation artistique, toujours promise, jamais réalisée. Quant aux paroles issues du milieu culturel, elles sont bien souvent en forme de « re- ». Il faudrait re-fonder, re-donner, re-construire, re-penser, comme si la situation ne demandait qu’à « re-venir » à des solutions anciennes.

Pourtant, dans un pays obnubilé par la dette et le chômage, dans un pays où les intégrismes prospèrent, dans un pays écartelé entre consommation et environnement où même la marchandise ne fait plus rêver, l’art vivant n’est pas un supplément d’âme pour public cultivé, il est d’une absolue nécessité pour une société qui explore ses transformations, qui réfléchit à son avenir, qui s’invente des possibles.

Dans ce paysage, le ministère de la culture semble hagard. Sa parole ne compte plus en région, il court derrière les directives de la Commission européenne, il subit les décisions prises ailleurs sur l’intermittence, la fiscalité ou le droit du travail, et il se recroqueville sur son dernier pouvoir, celui des nominations, souvent arbitraires. Pourtant ce ministère n’a jamais semblé aussi nécessaire qu’aujourd’hui. Dans une situation nouvelle, dans une dynamique nouvelle, on pourra proposer quatre pistes concrètes :

1. Jamais la superstructure culturelle n’a été aussi pesante, jamais les contraintes n’ont été si lourdes : fiscalité embrouillée, social labyrinthique, sécurité tatillonne, financements complexes, priorités changeantes et réglementations en maquis… La marge artistique, comme on nomme poliment ce qui va aux artistes quand on a financé tout le reste, est en baisse constante. Les subventions « coûtent » de plus en plus cher, toute mesure nouvelle est engloutie par une contrainte nouvelle.

Trop d’artistes, comme il se dit sous le manteau ? Plutôt trop de frais autour de l’artistique : moins il y a d’argent, plus il y a de personnes qui sont payées pour bien le dépenser… Aller à une simplification radicale des contraintes administratives, fiscales, sécuritaires et réglementaires, contractualiser sur le long terme, laisser les artistes inventer de nouveaux modes d’organisation, libérer les initiatives, voilà un chantier qui n’est pas très médiatique et qui ne permet guère d’envolées lyriques, mais qui est pourtant impératif.

2. « Je paye donc je décide », semblent penser de plus en plus les personnes élues ou désignées pour gérer l’argent de tous, pour faire des choix politiques, mais ni artistiques ni culturels. La lente dégradation de la parole du ministère de la culture, qui n’apparaît ni comme un arbitre ni comme une référence, laisse les artistes en tête à tête avec des responsables locaux qui, trop souvent, en attendent des retours électoraux. Il ne peut y avoir de place importante de l’art et de la culture dans la société si on ne laisse pas une totale indépendance — y compris économique — et une possibilité d’impertinence aux artistes et aux responsables des structures culturelles. L’État, par son éloignement, par ses soutiens financiers sur la durée, par son exigence artistique, doit s’affirmer comme le garant de cette liberté impérative sans laquelle il n’y a pas de création. Pour que l’art soit utile, il ne doit pas être utilisé.

3. Alors que la Commission européenne devient l’autorité principale de réglementation de nos professions (fiscalité, statut social, concurrence, services d’intérêts généraux, appels d’offres…), le ministère de la culture n’a pas pris à bras-le-corps l’Europe, qui est devenue l’échelle pertinente. Il suffit d’observer l’importance que l’art et la culture ont prise dans une ville aussi sinistrée que Marseille à l’aube d’être capitale européenne de la culture.

Alors que les artistes circulent de plus en plus sur le continent, et que les théâtres ou les collectivités multiplient les partenariats, l’État a peu de compétence dans ce domaine et n’a pas compris qu’il lui faut définir sa doctrine et ses outils, qu’il lui faut être le porteur de cette dimension en région, être très présent dans les arcanes de l’Union mais aussi par des initiatives multilatérales (Arte franco-allemand en est un bel exemple) pour enfin aboutir à un début de politique culturelle européenne. Cette dimension européenne est aussi fondamentale pour étendre notre présence artistique sur les autres continents, sortir de notre diplomatie culturelle qui fleure bon son XIXe siècle et les lambris d’ambassades d’ancienne puissance coloniale.

4. Les artistes ont une inextinguible soif d’ailleurs. Ils veulent participer au débat toujours recommencé de l’art et de la ville, de l’art et de la société. Pourtant, les politiques ne savent répondre à cela qu’en inaugurant de plus en plus d’équipements culturels dont les seuls budgets de fonctionnement vont assécher les maigres mesures nouvelles que chaque ministre s’efforce de grappiller. Jamais le rôle du ministère de la culture n’a été aussi déterminant, non pas pour être une forteresse pour chefs-d’œuvre en péril, mais pour être le chef de file de la présence de l’art hors des lieux consacrés, et pour être le poisson pilote des artistes dans leur dialogue avec les autres ministères.

L’art et la culture ne sont pas les souvenirs vieillots d’une France obsolète. Ils sont florissants, ils donnent des lectures du monde, ils ouvrent les esprits et les frontières, ils parlent à toutes les catégories de la société. Simplifier l’exercice des professionnels, être garant de la liberté des équipes artistiques, prendre à bras-le-corps la réalité européenne dans toutes ses dimensions, accompagner le formidable désir d’un art sorti des conventions, ces quatre axes dessinés à grands traits pourraient être un beau défi pour un futur ministre de la culture.

Lire ce point de vue sur son site d’origine

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Comment les logiciels de mix font évoluer la pratique du DJing

26/12/2011

Cyril Colom (Makingsound) dans Trax nº 151, décembre-janvier 2012 :

[…] Certains rétorqueront […] que synchroniser des morceaux en appuyant sur un bouton n’est pas digne d’un DJ. Ça serait « trop facile ». Comme si savoir mixer au BPM était fondamental. En vérité, c’est surtout un problème d’ego car, jusqu’à présent, savoir mixer au BPM était la première barrière technique à passer pour espérer faire partie du club. Et voilà que des logiciels brisent cette barrière… Ceux qui ont travaillé dur pour gagner leur carte de membre n’ont pas vraiment envie de redescendre de leur piédestal. Si un logiciel permet à n’importe qui de synchroniser deux morceaux en appuyant sur un bouton, il semblerait logique que ce n’importe qui puisse s’improviser DJ. Vraiment ?

Mixer au BPM n’est qu’une technique qui s’apprend en quelques semaines. Elle n’est qu’une facette, certes ludique, mais anecdotique du réel travail d’un DJ. Car ce qui différencie un pro d’un amateur réside plutôt dans sa capacité à raconter une histoire avec des disques, trouver les bons enchaînements, construire une ambiance et tenir un dancefloor en haleine. Et ça, aucun logiciel n’en sera jamais capable. Réussir à synchroniser deux morceaux n’a donc rien à voir avec le talent, on peut donc sereinement écarter cette variable de l’équation pour se concentrer sur le plus important : la musique.

Déléguer la synchronisation à un logiciel libère du temps de cerveau disponible pour travailler sur la construction de son set. Surveiller constamment les pitchs, être esclave de la durée d’un vinyle et ne pas pouvoir créer de boucle pour faire durer un passage intéressant sont des contraintes parasites inutiles. Les platines CD ? Déjà has-been. Aujourd’hui, ce sont Traktor, Serato et Live (d’Ableton) qui redéfinissent véritablement la pratique du DJing [sans oublier Cross, Mixxx (gratuit et open source), Torq, UltraMixer ou le pionnier français Virtual DJ].

Les musiques électroniques évoluent avec les nouvelles technologies. […] Si Live nécessite un travail en amont pour assurer ce type de set sur scène, Traktor et les logiciels de Serato permettent de le réaliser en temps réel. Multiplier les couches sonores, isoler le pied d’un morceau, le mélanger à la caisse claire d’un autre, y ajouter une pincée d’échantillon filtré, combiner le tout avec des effets tout en gérant les égaliseurs, le DJ moderne est partout à la fois.

Pour les vétérans qui veulent évoluer dans leur pratique, mixer des vinyles ne représente plus aucun challenge aujourd’hui. Les DJs nouvelle génération continuent de raconter des histoires mais ils ont désormais accès à un plus grand nombre de sources sonores. En explosant la structure des morceaux, Traktor, Serato et Live permettent de manipuler leurs plus petits éléments communs pour en construire un nouveau totalement inédit. Et tout cela en temps réel. Encore faut-il avoir le talent nécessaire pour que tout ceci ait du sens…

Joyeux Noël !

25/12/2011

Debbie Harry (Blondie) :

Musique de notre temps – Repères 1945/1975

23/10/2011

Texte de Claude Samuel dans le livret accompagnant la compilation quadruple CD « Musique de notre temps – Repères 1945/1975 » (MFA/Disques Adès 1988 — c’est sur cette compil, au début du « Livre pour orchestre » de Witold Lutoslawski, que j’ai samplé le glissando de cordes de « Bleep To Bleep ») :

La musique contemporaine est l’objet de tous les reproches, de toutes les suspicions, mais ce n’est pas un phénomène nouveau, sinon qu’aujourd’hui, à l’heure de la diffusion culturelle permanente, on admet moins aisément qu’hier la persistance de ce mur d’incompréhension qui sépare les créateurs vivants et leur public potentiel. Cela dit, les reproches sont pratiquement analogues : dissonances, absences de mélodie, intellectualisme, difficultés d’exécution insurmontables. C’est le même procès que l’on a intenté à Monteverdi, à Beethoven, à Wagner et Debussy, à Schönberg, à Boulez. En déduira-t-on que le préjugé est de tous les temps, ou que l’œuvre de génie est, sur le moment, insaisissable ? Les deux raisons, certes, se combinent. Sans doute l’extrême novation ne peut-elle qu’échapper aux commentateurs, même de bonne volonté, qui décryptent un langage inconnu. C’est ainsi, par exemple, qu’un esprit aussi distingué, aussi curieux et vigilant que celui de Clara Schumann avouait ne pas comprendre le finale de la 9e Symphonie de Beethoven ! Et pour parler d’un passé récent, il n’y a qu’à lire les critiques déclenchées par le « Sacre du printemps » en 1913 pour observer que même les jugements favorables négligent les signes fondamentaux de la modernité et de l’importance de cette œuvre ; il fallut attendre plusieurs décennies pour saisir, à travers les analyses d’Olivier Messiaen et de Pierre Boulez la signification profonde du « Sacre ».

Quant au préjugé, il se nourrit naturellement d’ignorance et consiste d’abord à rejeter en bloc tout ce qui est « moderne ». Leitmotiv recueilli dans les dîners en ville : « Je n’aime pas » — variante : « je ne comprends pas — la musique contemporaine ». Comme s’il s’agissait d’une seule et même entité. Or, le moindre effort d’attention, l’écoute la plus superficielle permettent, au contraire, de dresser le catalogue des différences. Celles-ci sont, à la fois, esthétiques, structurelles et individuelles. Esthétiques, en effet, car la stylistique collective qui existait, par exemple, à l’époque de Mozart, n’a pas d’équivalent au XXe siècle. il est vrai que les schémas traditionnels ont été dynamités, que le système tonal qui, grosso modo, fournissait aux musiciens au XVIIIe siècle un terreau collectif, s’est effondré et que chaque compositeur doit définir son propre langage, trouver, à une époque de foisonnement sonore, le matériau qui lui convient le mieux — à quoi s’ajoute le tempérament des uns et des autres.

Le résultat est multicolore, et les choix effectués pour réaliser cet album de disques, choix non exhaustif mais significatif, le prouve. Quel air de famille, sinon d’époque, peut-on vraiment noter entre Stockhausen et Dutilleux, entre Messiaen et John Cage ? En tout cas, même si le plus novice des auditeurs distingue mal les spécificités — mais n’est-ce pas le même qui, en toute honnêteté, soutiendra que toute la musique arabe, et même toute la musique orientale, se ressemble ? — la fréquentation des œuvres indiquera rapidement leurs références propres.

De cette variété, d’ailleurs, et du vif désir d’étiqueter les phénomènes, est née l’idée des classements et catégories esthétiques. Qui peut contester l’existence des courants majeurs ? Et qui n’aurait l’envie légitime de les isoler afin de mieux les faire comprendre ? Ainsi la filiation sérielle est-elle un des fils rouges de notre époque, avec Schönberg dans le rôle de Dieu le père, Berg et Webern dans celui des premiers apôtres. À cause de son origine viennoise, de ses connotations expressionistes — mais le « Pierrot lunaire », il est vrai, précède de dix ans la formulation du système — certains ont longtemps estimé que le phénomène était purement germanique — et Schönberg n’eut-il pas lui-même l’imprudence de déclarer que le dodécaphonisme donnerait cent ans de suprématie à la musique allemande ? — mais l’immédiate après-guerre a prouvé le contraire. Pendant une vingtaine d’années le sérialisme est devenu l’alpha et l’omega de la nouvelle musique internationale et il fut un temps, en effet, où rien ne distinguait vraiment, pas même la provenance géographique, toutes les partitions issues de cette école. Cela ne signifie pas qu’au cours de cette période toute la création mondiale ait transité par ce passage obligé car, au même moment, le mouvement conservateur restait accroché à ses concertos et symphonies classiques. Au même moment, dans le domaine de la prospection, un Xenakis ou un John Cage, ou encore les pionniers de la musique concrète, suivaient des voies bien différentes. Même à Darmstadt, haut-lieu de la pédagogie contemporaine réputé pour son militantisme pointilleux, les esprits s’enflammaient dans des discussions esthétiques rien moins qu’orthodoxes. Puis, à terme, on fut plus sensible à l’exception qu’à la règle — et ce courant majeur, dont l’apport à la réflexion contemporaine fut déterminant, s’est plus ou moins perdu dans les sables. Non sans avoir, d’ailleurs, débordé le cadre du noyau dur de ses adeptes. Car les courants sont plus flexibles qu’il n’y paraît et, pour parvenir à cet exemple précis, il est évident que la pensée sérielle, de même l’extension du monde sonore accélérée par l’irruption de l’électroacoustique, ont pu enrichir le langage de ceux qui, de toute évidence, n’appartenaient pas à la famille. Il serait surprenant qu’un homme comme Henri Dutilleux, étranger au dogme sériel mais attentif aux phénomènes nouveaux, ne le reconnaisse pas.

Enfin, plus qu’à toute autre époque, la diversité du matériau différencie leurs utilisateurs, le problème d’aujourd’hui étant moins, d’ailleurs, de conquérir des territoires nouveaux — l’électronique, la transformation du son en temps réel avec la sophistication des moyens informatiques — que de préserver l’identité des personnalités et, plus encore, d’accorder les personnalités et les moyens mis en œuvre.

Bref, comment suivre ceux qui prétendent que la création musicale s’épuise, et comment même accepter ceux qui brandissent, pour la condamner, la notion de rupture, alors que l’évolution est un mécanisme logique — même si, parfois, avec quelques précipitations — et que le recul du temps permet, par exemple, de traquer tout ce qui, dans l’œuvre d’un Boulez se rattache au modèle debussyste. Prendre acte de la diversité de la musique contemporaine est le premier stade de la disponibilité, diversité signe d’abondance et non d’épuisement. Les talents individuels en restent les garants. Quant à l’auditeur, qu’il fasse, mais après écoute et connaissance, ses propres choix.

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