Greenroom Session : L’Histoire secrète de la French touch

03/07/2014

« L’Histoire secrète de la French touch » par un collectif de journalistes sur Greenroom Session :

LA FRENCH TOUCH QU’EST-CE QUE C’EST ?
C’est un moment unique dans l’histoire. Quelques années qui ont bouleversé la musique française. Entre 1995 et 1999, Motorbass, Daft Punk, Cassius, Superdiscount, Mr Oizo et quelques autres, vont non seulement sortir une poignée d’excellents disques mais surtout connaitre un succès mondial qui va changer à jamais le regard que la France porte sur elle-même et ses musiciens. Depuis, le terme French Touch a été mis à toutes les sauces, désignant une France qui innove et qui s’exporte que cela soit dans l’univers de la cuisine, de la mode, du jeu vidéo. Mais le point de départ de tout ça c’est bien la musique. Cela méritait bien que Green Room Session lève le voile sur « l’histoire secrète de la French Touch » en répondant à ces quelques questions essentielles.

1 MAIS COMMENT S’APPELAIT LE PREMIER LABEL ÉLECTRO FRANÇAIS ?
« Paris ne s’est pas fait en un jour », dit le dicton. La French Touch non plus.

Si la scène électronique française n’a réellement décollé qu’au milieu des années 90, avec le succès des disques de Motorbass, St Germain ou Dimitri From Paris, entraînant l’intérêt des médias comme de l’industrie de la musique ainsi que la naissance d’une myriade de petites maisons de disques indépendantes ultra dynamiques, ces succès n’auraient jamais été possibles sans le travail d’une poignée de pionniers qui se sont lancés dans l’aventure house/techno dès la fin des années 80 et dont l’histoire ne se souvient malheureusement pas toujours du nom.

Parmi ceux-là il y a Manu Casana, dont tous les acteurs de milieu électro français s’accordent à reconnaitre qu’il compte parmi les premiers activistes à avoir organisé des raves en France. Peut-être même est-il le premier producteur de soirées.

En tout cas s’il y a bien une information que personne ne dément c’est que son label, Rave Age Records, créé dès 1989 (même si sa première référence n’atterrira dans les bacs qu’en 1990) est le premier label électronique français, précédent de plusieurs mois d’autres maisons de disques pionnières comme Asmodee Production ou Fnac Dance Division.

Manu Casana n’avait pourtant pas l’âme d’un raver. Dans les années 80, il ne fréquente pas les clubs et déteste le disco. Son truc c’est le punk hardcore et la scène rock alternative particulièrement active à cette époque en France. Il est chanteur du groupe Sherwood dont on retrouve la trace sur une multitude de compilations et de cassettes autoproduites de ces années mouvementées, non loin des Béruriers Noirs ou des Garçons Bouchers. Parallèlement, il travaille au service import d’un petit distributeur de disques français aujourd’hui disparu et cultive de nombreuses amitiés avec des musiciens anglais.

« Un jour, à Londres, comme il le raconte en 1998, dans les pages du magazine Trax, tous mes amis punk sont devenus fous. Ils voulaient aller dans une house party. J’ai refusé catégoriquement de les accompagner car j’associais encore cette musique au disco. Il a fallu qu’ils me trainent. C’était en mars 1987, la fête avait lieu dans des entrepôts abandonnés et je ne m’en suis jamais remis. »

Passé ce premier choc, Manu Casana n’aura de cesse que d’importer cette culture en France, en ramenant des disques d’abord, puis en produisant des soirées dès 1988 (il organisera notamment des raves restées célèbres pour le quotidien Libération et à l’occasion des Transmusicales de Rennes) et enfin en lançant Rave Age Records.

Durant ces trois années d’existence (1990-1993), Rave Age sortira une dizaine de références, tissant des liens étroits avec la scène anglaise ou américaine (sortant notamment des disques des pionniers Frankie Bones, Adam X ou Juno Reactor) et donnant la chance à des artistes français comme Pills, Juantrip ou Olivier Abitbol, qui ont tous à leur manière marqué les débuts de la French Touch. Intitulé sobrement « Sexe » et signé par l’éphémère duo Discotique, le tout premier maxi sorti en 1990 par Rave Age Record est emblématique. Derrière Discotique se cache Christophe Monier et Patrick Vidal, deux pionniers encore actifs aujourd’hui. Si le premier signera par la suite de nombreux succès des années 90 et 2000, notamment sous les noms The Micronauts ou Impulsion, le second est un des DJs français les plus réputés. Ironiquement lui aussi vient du punk, puisqu’il a été le guitariste de Marie et les Garçons, l’un des plus importants groupes rock français des années 80.

Non, décidément, la French Touch n’est pas née en 1995 avec la sortie de “Da Funk” des Daft Punk.

2 COMMENT ERIC MORAND A CONVAINCU LA FNAC DE SE LANCER DANS LA TECHNO ET INITIÉ LA FRENCH TOUCH ?
C’était une autre époque. Les disques se vendaient encore dans des magasins.

La Fnac était sans aucun doute le plus grand disquaire français et on ne trouvait nul aspirateur ou machine à café dans ses rayons. A l’aube des années 90 ses actionnaires avaient même eu l’idée de créer en son sein une multinationale discographique française, qu’ils souhaitaient capable de rivaliser avec les majors du disque comme EMI ou Warner.

Lancée en 1991, l’aventure hasardeuse de Fnac Music s’est soldée par de lourdes pertes financières et un dépôt de bilan retentissant en 1994. Et pourtant c’est aussi là que s’est joué un moment essentiel de l’histoire de la French Touch. Futur patron du célèbre label F Communications, Eric Morand est un homme clef de cette histoire.

Contrairement à Manu Casana, la culture musicale d’Eric Morand n’est pas née sur la scène punk. Il a débuté sa carrière dans l’industrie du disque en travaillant chez Scorpio, le label spécialisé dans le disco et l’eurodance la plus commerciale lancé en 1976 par Henri Belolo, le producteur de Village People.

C’est pour Scorpio qu’il voyage en Belgique à l’époque de l’explosion de l’éphémère mouvement New Beat, qui préfigure la techno et la house. Mais s’il réussit à faire publier quelques disques chez Scorpio, le label reste trop commercial pour qu’Eric Morand y épanouisse sa nouvelle passion pour la balbutiante scène électronique.

Fnac Music Dance Division “We Give A French Touch To House” (recto - 1992)

Fnac Music Dance Division "We Give A French Touch To House" (verso - 1992)

[…]

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