GoûteMesDisques : Goûte Mes mix #20 Rituel

04/08/2012

« Goûte Mes mix #20 Rituel », interview de Rituel par Jeff Lemaire et mixtape exclusive pour le webzine GoûteMesDisques, vendredi 3 août 2012 :

On est en 2007. À l’époque, à peu près tout ce que défend le label Citizen Records de Vitalic est à suivre de très près. Et à sa sortie, Damaging Consent, l’album des Micronauts, intègre directement cette catégorie. Faisant très habilement la jonction entre électro sensuelle et techno moite, Christophe Monier sort enfin du bois après de nombreuses années passées à traîner sa science du kick dans divers projets. On pensait alors le Français parti sur sa lancée et surtout parti pour durer. Pourtant, jusqu’au relancement tout récent de son label Micronautics, le bonhomme avait tout simplement disparu de nos radars, préférant se consacrer à son travail de producteur ou d’ingé-son pour d’autres (Paris, Diplomatic Shit ou JohnLordFonda). Dommage, surtout quand on écoute son nouveau projet Rituel.

En 2012, c’est donc accompagné de Thomas Regnault, producteur hip hop converti aux musiques électroniques, que nous revient ce talentueux touche-à-tout. Et cette fois, on est loin du son éminemment percussif qui avait fait la renommée des Micronauts. Rituel, c’est une déclaration d’amour aux grooves chaleureux et à la basse qui te fouette délicatement le visage. Une entreprise que Christophe nous décrit mieux que personne : « Nous nous revendiquons autant d’un certain classicisme house, deep et garage, que des dernières mutations électroniques survenues outre-Manche comme le dubstep, le post-dubstep ou la bass music. On prend le contre-pied de cette musique réac qui a accompagné la France des années 2000, faite de morceaux courts et superficiels, bâclés parce qu’il faut toujours avoir de l’actu, où la danse, le groove et la sensualité étaient remplacés par de la suffisance plombante et des gigotements. » En voilà deux qui savent clairement où ils vont.

Pour le moment, la seule indication que l’on peut avoir du chemin parcouru, c’est Un, maxi deux titres où house, funk et balearic se font la nique sans jamais se tirer dans les pattes. Un premier effort qui en appelle d’ailleurs d’autres, comme l’explique Christophe : « On travaille sur deux nouveaux morceaux qui constitueront notre prochain EP, Deux, prévu pour la rentrée. Leurs titres de travail sont “Africain” et “Indien”. Aucune idée si ce sont les noms définitifs. “Indien” est délicat à mettre au point car il passe de la house au dubstep avant de revenir à la house, avec deux tempos différents, 122,5 et 140 BPM. »

La question est maintenant de savoir si le groupe arrivera à se démarquer de la masse des productions (deep) house / bass music actuelles, qui connaissent un véritable regain d’intérêt depuis une paire d’année, ce qui favorise évidemment l’offre surabondante dans laquelle il devient difficile de séparer le bon grain de l’ivraie. Un constat qui fait réagir Christophe Monier : « Le système économique et la culture dominante poussent à la production à la chaîne. S’en suit un énorme bruit de fond normatif qui cache longtemps les idées nouvelles, personnelles ou disruptives. Les bons morceaux sont noyés dans la masse des ersatz de morceau. C’est une véritable plaie pour les artistes authentiques, mais ça n’a rien de nouveau. Normalement, trois professions sont censées “séparer le bon grain de l’ivraie”, faire le tri avant l’auditeur final : les DJs, les directeurs artistiques et les critiques musicaux. Pas facile lorsque les labels ferment les uns après les autres faute de revenu, lorsque les journalistes en sont réduits au quasi-bénévolat, lorsqu’un nombre toujours plus réduit de DJs, les plus démagos ou les plus safe, arrivent à gagner leur vie. » Et si c’était ce réalisme cru qui permettait à Rituel d’aller un peu plus loin que les autres ?

Mais avant de profiter de son frais en provenance du duo, on lui a proposé de rythmer un petit bout de votre été avec cette sélection qui se veut chaleureuse, groovy en diable et qui témoigne d’une véritable science du mix bien amené dans le chef de nos deux suspects : « On a sélectionné des morceaux récents représentatifs de la musique que nous voulons promouvoir, à la frontière de la deep house, de la bass music et du post-dubstep, ainsi que quelques classiques que les plus jeunes de nos auditeurs ne connaissent pas forcément mais qui sonnent plus que jamais modernes et pertinents. On a ainsi mis un Masters At Work, un groupe que nous jouons beaucoup et qui est l’incarnation du garage des années 90. Il y a le Industry Standard qui est LE classique speed garage, scène qui évolua ensuite vers le 2-step et le dubstep, deux genres chers à nos cœurs. D’autre part, nous tenons à faire redécouvrir deux producteurs des années 90 qui ne sont pas forcément sur toutes les lèvres : MK et Murk. » Un mix frais, dans l’air du temps et totalement respectueux des classiques. Un mix à l’image de Rituel quoi.

Lire l’article sur son site d’origine

Accéder directement à la mixtape

Tracklist :

Harry Wolfman “Don’t You Know” (Kote 2012)
Patrick L & DJ Nibc Feat. Andreas Cavaco “Call Me (Mercury Remix)” (Trunkfunk 2012)
Intruder Featuring Jei “Amame (Long Ass Mix)” (Nervous 2011)
Rituel “Single Minds” (Micronautics 2012)
MAW “To Be In Love (Maw 12”)” (MAW 1997)
Darlyn Vlys “In Your Shoes” (ALiVE 2011)
Johnny Dynell “Jam Hot (Tensnake Remix)” (Smash Hit Music 2010)
Industry Standard “Industry Standard Vol. 1” (Satellite 1997)
Bizarre Inc “Took My Love (MK What Up Dub)” (Flying International 1992)
Benjamin Damage / Doc Daneeka “No One” (50 Weapons 2012)

Le texte intégral de l’interview :

— Entre les Micronauts et Rituel, il y a un monde (et quelques années) de différence. Pouvez-vous nous retracer vos parcours respectifs et nous expliquer comment Rituel est né ?

Christophe : J’ai commencé la production dans les années 90, où déjà je menais plusieurs projets en parallèle. Il y avait Discotique avec Patrick Vidal, qui mélangeait house et rock arty, Impulsion avec DJ Pascal R, un projet hard house grâce auquel j’ai commencé à expérimenter les morceaux longs et évolutifs, les grooves swing et les sons purement électroniques. Ceux-ci deviendront la marque de fabrique de mon projet suivant, The Micronauts, brièvement un duo dans les années 90, avant que ça ne soit moi tout seul à partir de 2000. J’avais aussi un projet deep house en solo, Nature, et quelques autres collabs éparpillées. Ensuite j’ai monté un label, Micronautics, sur lequel j’ai sorti quelques maxis de The Micronauts en vinyl et digital. Puis j’ai signé sur Citizen Records, le label de Vitalic, pour un double CD fait d’un nouvel album et d’une compilation de mes remixes. C’est là que j’ai rencontré Thomas qui faisait un stage à la promo. Enfin, après deux années à travailler comme producteur ou ingé-son pour d’autres artistes (Paris, Diplomatic Shit, JohnLordFonda, Society Of Silence, etc.), je relance cette année Micronautics. Trois maxis sont déjà sortis : The Micronauts & Bosco « Hoochie Coochie », Rituel « Un » et « Hoochie Coochie Remixed », avec notamment un remix par Dew Town Mayor, le projet solo de Thomas.

Thomas : J’ai commencé par produire des instrus hip hop en 2007, à Lyon où je faisais mes études. Rapidement des amis m’ont introduit à la musique électronique. En 2008, je produis et sors quelques morceaux progressive house et disco house. Je me consacre ensuite entièrement à Loony Wise Men, duo électro-pop formé avec le chanteur Hedi Mekki. Nous avons sorti 2 EPs en 2009 et produisons actuellement notre premier album. Fin 2009, après mon stage chez Citizen je m’installe à Paris. C’est là que Christophe et moi, ainsi que Fred Voirin, un autre ex-Citizen, nous formons le collectif Cérémonie pour organiser les soirées éponymes, rapidement déclinées en soirée Rituel, avec l’aide précieuse du graphiste Tomass Further. Nous y mixons tous les trois au gré des disponibilités et invitons régulièrement d’autres DJs. Lorsque Fred est engagé comme chargé de prod au Café de la danse, Christophe et moi décidons de continuer les soirées Rituel (ce sont actuellement des bimestrielles au Yono, un grand bar du Marais) et de commencer à produire sous ce nom. Au même moment j’ai recommencé à produire de la musique en solo sous le nom Dew Town Mayor, avec une direction tech house/minimal trance. Mes premiers originaux vont sortir prochainement, avec notamment un EP chez le label allemand Traum Schallplatten.

— D’où le « son Rituel » tire-t-il ses racines et quels sont les objectifs avoués (ou non) du projet ?

Nous nous revendiquons autant d’un certain classicisme house, deep et garage, que des dernières mutations électroniques survenues outre-manche (dubstep, post-dubstep, bass music, etc.). L’objectif est de produire une musique de danse moderne, extatique et métissée, qui pousse au dévergondage et à la désobéissance civile.

On prend le contre-pied de cette musique réac qui a accompagné la France des années 2000, faite de morceaux courts et superficiels, bâclés vite faits parce qu’il faut toujours avoir de l’actu, où la danse, le groove et la sensualité étaient remplacés par de la suffisance plombante et des gigotements.

— Pour le moment, on peut uniquement vous découvrir par l’entremise du single « Un » (Single Minds/Take It Easy). Du son frais est en préparation ?

Oui, on travaille sur deux nouveaux morceaux qui constitueront notre prochain EP, « Deux », prévu pour la rentrée. Leurs titres de travail sont « Africain » et « Indien ». Aucune idée si ce sont les noms définitifs. « Indien » est délicat à mettre au point car il passe de la house au dubstep avant de revenir à la house, avec deux tempos différents, 122,5 et 140 BPM.

— Dans quelles conditions ce mix a-t-il été enregistré et quel était l’objectif recherché avec cette sélection ?

On a sélectionné des morceaux récents représentatifs de la musique que nous voulons promouvoir, à la frontière de la deep house, de la bass music et du post-dubstep, ainsi que quelques classiques que les plus jeunes de nos auditeurs ne connaissent pas forcément mais qui sonnent plus que jamais modernes et pertinents. On a ainsi mis un Masters At Work, un groupe que nous jouons beaucoup et qui est l’incarnation du garage des années 90. Il y a le Industry Standard qui est LE classique speed garage, scène qui évolua ensuite vers le 2-step et le dubstep, deux genres chers à nos cœurs. D’autre part, nous tenons à faire redécouvrir trois producteurs des années 90 qui ne sont pas forcément sur toutes les lèvres : MK, Murk et KOT (Kings Of Tomorrow). On n’a pas réussi à placer un KOT dans ce mix, ça sera pour une prochaine fois ; par contre on a mis une prod récente de Murk, sous le nom Intruder, et un MK très rare et incroyable, un remix présent uniquement sur les versions double pack ou promo de cet EP de Bizarre Inc (groupe anglais issu de la scène rave — à noter qu’un des Bizarre Inc est devenu ensuite The Emperor Machine qui connut une grosse hype au milieu des années 2000).

Nous avons profité de nos deux DJ sets lors de la dernière fête de la musique pour tester notre sélection (on a d’abord joué au ForePlay Festival, en plein air devant le Delaville Café, puis à la Rotonde, dans le cadre du Sound System Techno Parade). Et comme nous les avons enregistrés, nous avons pu en inclure de larges extraits. Ils apportent un côté spontané et senti au mix, par ailleurs soigneusement étudié et monté de façon à sublimer les morceaux, si possible dans un contexte différent de celui auquel est habitué le public.

— Aujourd’hui, on sent un vrai retour en force (médiatiquement parlant du moins) de la mouvance (deep) house / (nu) disco, avec une volée de nouveaux artistes qui investissent le créneau et qui pénètrent des couches de plus en plus populaires. Peut-être par opportunisme pour certains ? Et est-ce une bonne chose ? Et à votre niveau, est-ce un avantage ou un inconvénient pour un projet comme Rituel ? Pas trop compliqué de ne pas se perdre dans une masse où il n’est pas toujours facile de séparer le bon grain de l’ivraie ? (désolé, ça fait un peu cinq questions en une, mais on espère que vous aurez pas mal de choses à dire à ce sujet :-))

Le système économique et la culture dominante poussent à la production à la chaîne de musique au mètre. S’en suit un énorme bruit de fond normatif qui cache longtemps les idées nouvelles, personnelles ou disruptives. Les bons morceaux sont en effet noyés dans la masse des ersatz de morceau. C’est une véritable plaie pour les artistes authentiques, mais ça n’a rien de nouveau : la reproduction des marchandises, toujours plus nombreuses et toujours plus semblables, est décrite par Guy Debord dans « La Société du spectacle » dès 1967…

Normalement, trois professions sont censées « séparer le bon grain de l’ivraie », c.-à-d. faire le tri avant l’auditeur final : les DJs, les DAs (directeurs artistiques) et les critiques musicaux. Pas facile lorsque les labels ferment les uns après les autres faute de revenu, lorsque les journalistes en sont réduits au quasi-bénévolat, lorsqu’un nombre toujours plus réduit de DJs, les plus démagos ou les plus safe, arrivent à gagner leur vie.

Heureusement le renouvellement des générations agit comme un antidote. Aujourd’hui, les gens sont à nouveau prêts à écouter les morceaux longs, plus profonds, qui induisent la danse et la transe. Ils y trouvent une expérience plus enrichissante, satisfaisante et spirituelle.

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