Nettoyons les sales cons (au Kärcher)

06/03/2012

Sarko et son gang sont passés maîtres dans l’art d’insulter les français. Heureusement Ils se cassent bientôt… « Henri Guaino, à bout de mots » par Daniel Schneidermann, dans Libération du lundi 5 mars 2012 :

« Si je vous traite de sale con, ça va vous plaire ? » Et soudain, il explose en plein vol. Depuis quelques minutes, Henri Guaino, « plume » de Sarkozy, est harcelé, à propos de feu le débat « indigne » sur l’identité nationale, par un moustique nommé Jérôme Guedj, président socialiste du conseil général de l’Essonne. On est sur le plateau de France 3 Ile-de-France. Et tout d’un coup, Guaino à Guedj : « Et si je vous traite de sale con… » Puis Guaino monte en puissance et, brisant les codes des débats télé, il hurle comme un prof bordelisé : « C’est insupportable, à la fin. Je peux parler, oui ? Taisez-vous ! » Buzz immédiat garanti.

Si cette spectaculaire sortie de route du conseiller spécial de Sarkozy, sur une télé locale d’Ile-de-France, a ainsi « buzzé », ce n’est sans doute pas seulement du fait du pittoresque de la séquence. Il n’est pas anodin que ce soit le ciseleur de formules de l’équipe, qui se retrouve soudain à bout de mots. Cette crise de nerfs révèle que ce pouvoir est au bout des stratégies de camouflage verbal. En a-t-on déployé de la créativité, pour faire passer le racisme pour une opinion acceptable parmi d’autres ! Cet homme fut peut-être, naguère, un républicain authentique. Il a été recruté pour ça. Et soudain, les boutons ne répondent plus. On a bien joué, pourtant. Recruter Guy Môquet pour couvrir une politique anti-immigrés, il fallait tout de même y penser. Mais à force de le secouer, on a fait tilter le flipper. Et les mots se refusent. Exploités, tordus, ils ont décrété la grève sauvage. Et cette fois, chacun s’en aperçoit.

Perdre ses nerfs, c’est souvent manifester une colère contre soi-même. Et Guedj ne l’a pas envoyé dire à Guaino. « Ce qui a été insupportable pour vous, lui écrit-il le lendemain, dans une lettre envoyée à Mediapart, c’est de vous voir renvoyé à votre attitude si bienveillante, presque complice, quasi obséquieuse lors de votre débat avec Marine Le Pen. » Guedj assure voir dans la colère de Guaino « la rébellion du républicain convaincu que vous fûtes, réduit par votre actuel employeur au rôle de passeur de plats entre les droites ».

Quelques jours plus tôt, c’est un autre élu local, qui avait fait perdre ses nerfs à la majorité tout entière. Au ministre Guéant, qui venait de se fendre d’un long développement sur les races supérieures et les races inférieures, le député de la Martinique, Serge Letchimy, avait lancé : « Vous nous ramenez, jour après jour, à des idéologies européennes qui ont donné naissance aux camps de concentration au bout du long chapelet esclavagiste et colonial. »

Les députés de droite quittèrent l’hémicycle comme un seul homme. Le président de l’Assemblée évoqua des sanctions contre l’insolent, avant de sagement y renoncer.

Comme si soudain, on avait démasqué leurs mots. Cinq ans s’achèvent, cinq ans de désignation de boucs émissaires, d’appels à la haine contre les profiteurs, les parasites, les fonctionnaires, les grévistes, cinq ans à tenter de démontrer que les polygames sont des assistés et les assistés des polygames, cinq ans à refiler le mistigri de l’abjection aux Roms après les Africains et les Arabes, et pour finir en beauté, le feu d’artifice des civilisations inférieures.

Qu’une petite bande semant froidement haine et discorde ait mis la main sur la République pendant cinq ans, n’est pourtant pas le plus surprenant. Le plus surprenant, c’est que ce racisme officiel a fini par paraître acceptable au-delà du premier cercle sarkozyste.

Ce pouvoir ne tenait pourtant pas la main de tous les journalistes, dans toutes les rédactions. Il n’avait pas d’antennes dans tous les clubs de pensée. Tout ce qui pense, tout ce qui parle dans ce pays, n’était pas fasciné ou vendu. Et pourtant, cinq ans durant, ces paroles-là sont rentrées dans le champ de l’acceptable. On a gravement débattu de la hauteur maximale des minarets, des examens gynécologiques des musulmanes, de la réservation d’horaires réservés aux nageuses dans les piscines, davantage que des conséquences du décollage chinois. Une poignée d’éloquentes porteuses de burqa ont eu table ouverte dans les talk-shows. Étudier la banalisation du racisme d’état, ce sera aussi disséquer sa musique d’accompagnement, ses mélodies, ses interprètes, qui nous y habituèrent progressivement.

Comme l’avait relevé Vincent Peillon, au plus fort de l’emballement, ce sont les deux tiers des émissions de France 2 qui y furent consacrées.

Dernière surprise : ce ne sont pas des grandes consciences nationales, qui auront remis l’église au milieu du village. Ce sont des élus nationalement inconnus. Comme si les autres avaient été progressivement mithridatisés, comme la grenouille s’habitue progressivement à voir monter la température sans en souffrir, jusqu’à en être ébouillantée.

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