Vite, une licence globale ! (4e partie)

24/01/2012

« Licence » par Sylvain Bourmeau dans Libération du samedi 21 janvier 2012 :

Il est des pirates moins sympathiques que d’autres. Aux antipodes de l’image digitale du geek rusé qui télécharge à longueur de nuits dans sa chambre d’étudiant albums et séries télés sans jamais payer, le surgissement médiatique de la patibulaire figure de Kim « MegaUpload » Schmitz, dit « Kim Dotcom » le bien nommé, rappelle opportunément à qui, trop souvent, profite le crime. Peut-être aura-t-il fallu cette spectaculaire opération du FBI contre MegaUpload pour apporter enfin, à ceux qui en doutaient encore, la preuve par l’absurde que la résolution du conflit fratricide qui oppose depuis dix ans l’Internet et la culture ne passe certainement pas par la répression tous azimuts mais bien plutôt par la mise en place de différentes formes de licences globales. Car après tout, à bien y regarder, qu’est-ce que MegaUpload et tous les autres sites de direct download qui permettent de télécharger une offre pléthorique de contenus en échange d’un abonnement pour une somme raisonnable ? Qu’est-ce d’autre qu’une forme détournée, illégale et surtout privatisée de licence globale ? Droit dans ses bottes, Nicolas Sarkozy ne s’est pourtant pas contenté de saluer l’attaque de la justice américaine, il a demandé à sa créature, l’Hadopi, de réfléchir à l’élargissement et au durcissement de son arsenal et de lui faire des propositions en ce sens. La veille à Nantes, sachant résister à certains des lobbys les plus conservateurs de la gauche, notamment ceux d’une certaine tendance du cinéma français, le candidat socialiste François Hollande avait enfin courageusement arrêté sa position : s’il est élu, Hadopi sera supprimée et une licence globale proposée.

Lire cet article sur son site d’origine

« Un raid qui relance le débat sur l’Hadopi » par Sophian Fanen dans le même nº de Libération :

Le timing était presque parfait. Révélée jeudi en fin de soirée, l’arrestation des dirigeants de MegaUpload est venue précipiter le débat sur la « culture à domicile » ouvert quelques heures plus tôt par François Hollande. Dans un discours prononcé à Nantes, le candidat socialiste à la présidentielle a proposé de remplacer la logique répressive choisie par la droite avec l’Hadopi par une libération des échanges au bénéfice des artistes.

Un système qui passerait, entre autres, par l’instauration d’une contribution payée par chaque abonné à Internet, redistribuée ensuite à la filière culturelle. Et quelle meilleure preuve de la motivation des internautes envers cette « licence globale » que le gigantesque réseau MegaUpload, avec ses 50 millions de visiteurs par jour et ses 150 millions de dollars (116,2 millions d’euros) perçus sur des abonnements « premium » en cinq ans ? « MegaUpload a prouvé qu’il y a une vraie demande pour un système performant qui permette de faire circuler la culture contre un abonnement. Quand aura-t-on accès à un équivalent légal ? » nous demandait vendredi après-midi un internaute de Libération.fr. La chute de MegaUpload a définitivement inscrit cette question dans la campagne présidentielle.

« Oui, il y a besoin d’un nouveau modèle, plaidait vendredi la députée Aurélie Filippetti pour le camp Hollande. Le combat ultra-répressif d’Hadopi contre le seul peer to peer a fait place au monstre qu’est MegaUpload, qui profitait des œuvres sans rien reverser aux artistes. C’est comme à l’époque de la prohibition aux États-Unis : les Américains sont allés chercher l’alcool dans des bars clandestins qui sont devenus ingérables. Il faut mettre fin à ce genre de pratiques, sauf qu’on ne peut pas arrêter tout le monde et qu’il est plus intéressant de créer une solution légale de qualité et accessible à tous. »

Eva Joly a défendu une position similaire vendredi pour Europe Écologie-les Verts, estimant que « la fermeture de MegaUpload est un symptôme supplémentaire de l’incapacité des pouvoirs publics à se projeter au XXIe siècle et à concevoir un projet global éthique, associant rémunération des auteurs et fluidité de la culture sur Internet. Faute de stratégie publique intelligente, on continuera à assister à une guerre de l’industrie du copyright face aux créatures qu’elle a engendrées. »

Cette question, le secrétaire national de l’UMP en charge des nouvelles économies, Benjamin Lancar, a avoué se l’être « posée » jeudi, après que François Hollande a accusé l’UMP de n’avoir pas « rapporté un sou à la création » avec l’Hadopi. Puis à nouveau vendredi, alors que le Parti socialiste achevait d’enterrer la Haute Autorité, coupable d’avoir permis à des sites comme MegaUpload « de se développer dans le silence de la loi » — puisque l’Hadopi ne cible que les échanges en peer to peer. […]

Ce qui est acquis, en tout cas, c’est que MegaUpload ne sera plus un acteur de ce débat en France, alors qu’un de ses représentants était encore, le 11 janvier, venu défendre son modèle « jamais poursuivi en justice » lors d’une table-ronde au Sénat consacrée à la rémunération des créateurs sur Internet. Emmanuel Gadaix, un Français installé à Hongkong, avait alors réaffirmé que « le partage est l’ADN d’Internet », et qu’essayer de le contenir est « comme d’arrêter une rivière avec ses mains ».

Cette rivière s’était transformée en flot de dollars mal intentionnés pour MegaUpload, mais ces idées n’en sont pas moins la charpente de l’Internet de demain, en France comme ailleurs.

Lire L’intégralité de cet article sur son site d’origine

Sélection d’articles sur le même sujet

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s