Le Monopole Apple

14/12/2011

Extrait de « La Guerre des fans », par Léonard Haddad dans Technikart nº 157, novembre 2011 :

J’ai rarement autant détesté quelqu’un que Steve jobs. J’ai un iPhone, un iMac 20 pouces à la maison, l’iPad de ma maman, ces lignes sont écrites sur le Macbook Air que j’utilise au bureau. Depuis vingt ans que j’ai des ordinateurs, pas une fois, pas une seule, je n’ai eu autre chose qu’un Mac. Plutôt crever. Mais c’est plus fort que moi, je ne pouvais pas encadrer ce type. Même mort, je lui en veux. Je lui en veux d’avoir construit la prison dans laquelle j’ai accepté tout à fait volontairement de m’incarcérer moi-même. Je lui en veux de ne plus pouvoir utiliser Wiretap Pro ou je ne sais quel autre logiciel depuis qu’on est passé à MacOS Lion. […] Je lui en veux de m’obliger à passer par iTunes pour effectuer la moindre opération de la vie courante. Une baguette, s’il vous plaît ? Patientez jusqu’à la fin de la synchronisation ! Je lui en veux d’avoir moins cherché à me faciliter la vie qu’à la remodeler selon son intérêt, et de m’obliger à acheter toujours davantage de ses putains de produits surmargés pour pouvoir continuer à utiliser ceux que j’ai déjà.

Désolé, amis lecteurs, ça n’a peut-être rien à voir avec le sujet de cet article, mais il fallait que ça sorte. Sauf que, bien sûr, ça a tout à voir avec le sujet de cet article. « Steve Jobs, mort d’une pop star », a titré un hebdo français ; les Fnac ont revêtu leurs façades de portraits géants du gourou disparu ; Libé a vendu des tee-shirts noirs avec la pomme qui pleure ; les gens ont chialé ; j’ai vomi. Steve jobs était Elvis, il était les Beatles, il était le King of Pop(-culture) et, de ce fait, il avait des fans. […]

Point de vue similaire en angais

« Journaux, sexe, scandales, tablettes… et censure » par Yves Eudes dans Le Monde daté du mercredi 14 décembre 2011 :

En proposant à Apple des applications pour l’App Store, la presse européenne a fait une découverte : Apple n’aime pas le sexe. Dès 2009, divers journaux et magazines ont vu leur application pour l’iPhone refusée, ou révoquée, à cause de la présence dans leurs éditions d’images plus ou moins érotiques. Ce fut le cas du Britannique The Sun, célèbre pour ses photos de filles nues en page 3, puis de l’Allemand Bild pour un petit jeu de strip-tease et même du très sérieux hebdomadaire allemand Stern, à cause d’une galerie de photos artistiques montrant des corps nus.

Les médias allemands et leurs associations professionnelles avaient officiellement protesté contre cette censure privée imprégnée de puritanisme américain — l’hebdomadaire Der Spiegel allant jusqu’à proclamer : « Nous ne pouvons pas adapter les magazines européens aux normes en vigueur dans l’Utah. » Pourtant, Apple n’a rien cédé. Pour que son application soit remise sans l’App Store, Stern a dû rendre ses photos inaccessibles aux iPhone.

En avril 2010, date du lancement de l’iPad sur le marché américain, Steve Jobs, le patron d’Apple, avait enfoncé le clou : « Je crois que nous avons la responsabilité morale de maintenir la pornographie hors de l’iPhone. Ceux qui veulent du porno n’ont qu’à acheter des téléphones Android (le système d’exploitation créé par Google). » Ajoutons que l’App Store refuse toutes les applications couvrant l’actualité des appareils Android ou faisant référence à Market, la boutique en ligne d’applications de Google…

La censure d’Apple a fait d’autres victimes : des galeries de photos, des sites d’actualité gays, un dictionnaire américain contenant des mots vulgaires, une BD belge intitulée La Vierge et le Nègre, une adaptation illustrée d’Ulysse de James Joyce… De nombreux magazines satiriques (dont Charlie Hebdo) ont renoncé par avance à proposer une application, convaincus de n’avoir aucune chance d’être acceptés.

Aujourd’hui, sans le reconnaître explicitement, de nombreux éditeurs pratiquent l’autocensure préventive. Les plus subversifs se contentent de l’accompagner d’un peu d’autodérision : selon le quotidien britannique The Guardian, les employés du magazine de mode londonien Dazed & Confused ont surnommé leur version iPad « l’édition iranienne ».

Apple s’en est également pris à des contenus jugés insultants ou blasphématoires. Une application de montages photo humoristiques baptisée Me So Holy (« Je suis un petit saint ») a été éjectée de l’App Store pour outrage à la religion.

Le caricaturiste politique américain Mark Fiore avait lui aussi été interdit, car Apple reprochait à ses dessins de ridiculiser des personnalités — l’essence même de l’art de la caricature. Cette fois, Apple n’a pas eu le dernier mot, car, quelques mois plus tard, Mark Fiore s’est vu décerner le prestigieux prix Pulitzer. Peu après, son application a finalement été acceptée, et Steve Jobs a reconnu que le refus initial avait été « une erreur ».

Dans ses choix de censure, Apple sait aussi faire preuve de patriotisme : en décembre 2010, quelques jours après la publication par WikiLeaks des télégrammes diplomatiques américains, les applications permettant de se connecter à WikiLeaks ont disparu de l’App Store.

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