Les Espaces verts au secours de la « Sécu »

29/07/2011

Jean-Marc Bouillon, président de la Fédération française du paysage (FFP), et Emmanuel Mony, président de l’Union nationale des entrepreneurs du paysage (UNEP) et de l’Union européenne des entreprises du paysage (ELCA), dans Le Monde daté du jeudi 28 juillet 2011 :

Pourra-t-on espérer un jour combler le trou de la Sécurité sociale par la création de jardins et espaces verts ? Aussi utopique soit-elle, cette proposition pourrait bien être la clé de l’un des défis majeurs du XXIe siècle. Et une source d’inspiration pour nos futurs candidats à l’élection présidentielle !

Début juin, une étude commandée par le gouvernement britannique associant plus de 700 scientifiques, des universités les plus prestigieuses du pays, a établi une échelle de valeurs pour l’ensemble des composantes de l’écosystème environnemental, des forêts aux abeilles en passant par les parcs et jardins. Avec une question en ligne de mire : que rapporte la nature à nos sociétés développées ?

L’exemple le plus frappant de ces « bénéfices cachés » est le rôle primordial des espaces verts sur la santé publique. L’étude évalue ainsi à 340 euros par an et par personne le fait de disposer d’une habitation avec vue sur un espace vert. Or 15 millions de Français n’ont ni jardin ni terrasse ! Verdir leur cadre de vie permettrait d’économiser 5 milliards d’euros de dépenses de santé chaque année, soit la moitié du déficit de l’assurance-maladie…

Les pays scandinaves l’ont compris de longue date : en investissant dans la préservation des écosystèmes naturels, ils ont fait la part belle aux arbres et aux espaces verts et ont créé un cadre de vie favorable au bien-être et à la santé. À Stockholm, 95 % des habitants vivent à moins de 300 mètres d’un parc. Sans surprise, la Suède arrive au premier rang européen pour « l’espérance de vie en bonne santé », qui s’établit à 69 ans (contre 63 en France). Cette corrélation, que l’on ne pouvait que soupçonner, est devenue mesurable.

On connaissait déjà les bienfaits des arbres et des végétaux en ville : captage du CO2, rôle de « climatiseurs urbains », filtration des microparticules polluantes, diminution du stress… Mais personne n’était jusqu’à présent allé jusqu’à déterminer la valeur économique et sociale de ces bénéfices, au point de leur attribuer un montant monétaire.

Or l’enjeu est trop important pour que l’on continue à se contenter de mots : il s’agit ni plus ni moins de réussir la transition tant annoncée vers une économie et une civilisation « vertes ».

Tout le monde rêve d’un monde plus respectueux de la nature, de villes plantées d’arbres et de parcs, d’habitations qui font la part belle aux jardins et au végétal. Nos enquêtes annuelles montrent que neuf Français sur dix expriment un besoin croissant de nature et sont convaincus de la nécessité de préserver l’environnement et de développer les espaces verts. Au-delà de ces aspirations sociales fortes, les effets concrets des espaces verts sur la santé (et donc les coûts évités pour la Sécurité sociale) sont désormais établis.

Une étude bibliographique de Plante & Cité, plate-forme nationale d’échanges et d’expérimentations sur le végétal, révèle le lien direct entre la présence de vert en ville et l’amélioration de la santé physique et mentale des habitants. Plus un jardin est riche en biodiversité, plus il a des effets psychologiques bénéfiques pour ses usagers. Nombreuses sont les entreprises du paysage qui l’ont compris et intègrent la biodiversité dans leur approche du paysage. L’objectif, demain, est d’aller encore plus loin dans cette voie, en valorisant les bénéfices économiques et sanitaires de telles démarches.

Un workshop organisé en mai, à Bruxelles, par l’Association européenne des entreprises du paysage (l’ELCA), auquel participaient une quinzaine de chercheurs de toute l’Europe, l’a encore confirmé. La 5e édition des Assises européennes du paysage du 10 au 12 octobre à Strasbourg, organisée par notre association interprofessionnelle Val’hor, aura justement pour thème « Le paysage, créateur de richesses ». Y seront évoqués les nouveaux indicateurs de l’économie et du bien-être, mais aussi la manière dont le paysage peut agir comme une ressource pour l’économie et la société. L’enjeu : appréhender les espaces verts non plus comme de simples agréments décoratifs, mais comme des leviers prioritaires des politiques de santé publique.

Tant que les bilans financiers, qu’il s’agisse des comptes de l’État ou de ceux des entreprises, voire des individus, ne tiendront pas compte des coûts induits par la dégradation de l’environnement, ou au contraire des bénéfices apportés par la préservation de la nature et le développement des espaces végétalisés, il n’y a aucune raison que les responsables politiques en fassent une priorité. Si le grand emprunt destiné à la relance du pays avait pris en compte cet aspect des choses, l’équilibre entre béton et verdure, parmi l’ensemble des projets financés, aurait peut-être été mieux respecté… Avis aux candidats à la présidentielle : avez-vous pensé à mettre les espaces verts au cœur de votre programme ?

Lire ce point de vue sur son site d’origine

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