Le Gouvernement accentue le retard de la France dans l’énergie solaire

16/07/2011

Les « élites » françaises traditionnelles continuent à appliquer les vieilles méthodes qui épuisent notre dynamisme et nous gâchent la vie. « Pousser le jacobinisme jusqu’à contrôler le soleil », l’éditorial du Monde d’hier soir, daté du samedi 16 juillet 2011 :

En décembre 2010, le gouvernement français donnait un coup de frein brutal au développement du solaire sur notre territoire. Hélas ! Il poursuit dans cette direction.

Il s’apprête à publier cet été un nouveau dispositif destiné en principe à relancer la filière. L’enjeu est important. La hausse du prix du pétrole, sa raréfaction, les émissions de CO2 liées aux sources fossiles ont conduit Paris à soutenir avec conviction la place des renouvelables.

D’ici à 2020, le solaire, l’éolien et la biomasse devront représenter 23 % de la production d’énergie sur notre territoire.

L’avenir de l’électricité solaire dépend des pouvoirs publics. Non rentable — pour le moment —, elle doit être soutenue avec des crédits d’impôt qui pèsent sur les comptes publics et des tarifs de rachat attractifs qui renchérissent son prix à la consommation. Sa distribution, elle, reste entre les mains d’ERDF, filiale à 100 % d’EDF.

Comment interpréter le schéma retenu par les experts du ministère de l’industrie pour faire — en principe — la part belle au soleil ?

À bien y regarder, tout semble fait pour compliquer, retarder et surtout encadrer. Les professionnels ne s’y trompent pas, qui parlent de « politique de gribouille ». Depuis cinq ans, les entreprises, les plus petites notamment, sont soumises à des réglementations contradictoires qui les empêchent de se développer. Résultat : certaines ont mis la clé sous la porte.

La France va réussir cet exploit d’être un des rares pays à perdre des emplois dans une filière pourtant porteuse d’avenir.

Alors que la grande distribution était partante, pourquoi interdire aux parkings d’hypermarché de profiter du soleil ? On aurait pu imaginer que des véhicules électriques viendraient un jour recharger leurs batteries dans ces grands « garages » pendant que leurs propriétaires font leurs courses.

Bref, quel contraste avec l’Allemagne, dont les PME solaires grandissent chaque jour et gagnent des parts de marché. Que cache donc le mal français ? Trois pistes peuvent être avancées.

En fixant la limite de la puissance du solaire à 500 mégawatts par an jusqu’en 2020, le ministère de l’industrie obtient, certes, de ne pas alourdir le déficit budgétaire. Mais ce choix s’explique aussi par la volonté de préserver la part du nucléaire (80 %) dans la production énergétique de notre pays. Les investissements dans le nucléaire, les projets en cours, notamment l’EPR, peuvent-ils supporter un essor réel des renouvelables ?

Le solaire ne déroge pas non plus au schéma du tissu économique français, dont on sait qu’il manque cruellement d’entreprises moyennes. L’État régulateur favorise, pour le photovoltaïque et l’éolien, les grands groupes, aux dépens des petites unités.

Ne faut-il pas voir, enfin, dans le schéma que nous propose un ministère dominé par les ingénieurs des Mines, l’obsession de tout centraliser, le vieux réflexe jacobin d’une élite formée pour tout contrôler ? Y compris les rayons du soleil !

Lire cet article sur son site d’origine

« La nouvelle usine à gaz du solaire français » par Hervé Kempf dans le même numéro :

La politique solaire du gouvernement français a au moins réussi une performance : créer une splendide usine à gaz administrative. L’ensemble du nouveau dispositif, attendu impatiemment par les professionnels depuis décembre 2010, est en cours de finalisation, mais il comporte d’ores et déjà trois paliers de puissance, onze tarifs de rachat et deux appels d’offres dont l’un se décompose en sept catégories…

[…] Bizarrement, les parkings macadamisés, un lieu privilégié pour installer des panneaux solaires, sont exclus de l’appel d’offres. Leur impact environnemental est pourtant bien moindre que les installations sur des terrains agricoles ou non artificialisés.

[…] Du côté des professionnels du solaire, la réaction va de la fulmination à la lassitude. « On continue la politique de gribouille menée depuis vingt ans, constate Marc Jedliczka, de l’association Hespul. Le système d’appel d’offres va favoriser les grandes entreprises au détriment des PME. Le corps des Mines refuse de comprendre cette technologie, qui ne doit pas être centralisée, mais disséminée partout, c’est une technique démocratique. »

[…] « L’Allemagne, observe Thierry Mueth, de l’entreprise Coruscant, a installé en 2010 une capacité électrique solaire de 7 000 MW — soit une hausse de 75 % par rapport à 2009. Dix fois plus que la France. » Fin 2010, le parc allemand dépassait 17 000 MW, celui de la France atteignait 1 300 MW en mars 2011. […]

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