En Allemagne, les Bleus « black-blanc-beur » ont été un modèle pour la Mannschaft

09/05/2011

Cécile Boutelet, correspondante du Monde à Berlin, dans l’édition daté du mercredi 10 mai 2011 :

C’est un mythe qui s’effondre. La politique de quotas envisagée par la Fédération française de football (FFF) a suscité dans la presse allemande de nombreux commentaires attristés : qu’arrive-t-il donc à l’équipe tricolore, dont le talent et la diversité avaient fait rêver les fans du ballon rond ?

S’il est un épisode de l’histoire de France que tous les Allemands connaissent, c’est la Coupe du monde 1998. Depuis quelques jours, la presse rappelle cet exemple qui avait tant impressionné outre-Rhin : celui d’une équipe de France « black-blanc-beur », qui incarnait l’intégration réussie des diverses composantes de la population, et se voyait récompensée sur le terrain par le titre de champion du monde.

Pourquoi les Allemands ne parvenaient-ils pas, eux, à faire émerger de jeunes joueurs issus de l’immigration pour enrichir la qualité de la Nationalmannschaft ? La question avait été prise très au sérieux au lendemain du sacre des Bleus en 1998, la Fédération allemande (DFB) décidant alors de copier l’exemple français. Dans les centres de formation, les talents issus de l’immigration furent encouragés par des systèmes de bourse ou de soutien aux familles. Depuis 2007, la DFB remet chaque année à un club modèle un prix de l’intégration, sous le mot d’ordre : « Football : des cultures diverses — une seule passion ».

Douze ans plus tard, ce choix s’avère payant. Lors du Mondial 2010 en Afrique du Sud, l’équipe nationale allemande a atteint les demi-finales avec une sélection composée de près 50 % de joueurs nés de parents étrangers. Ses prodiges ont pour nom Mezut Özil et Serdar Tasci, nés de parents turcs, Dennis Aogo, Sami Khedira, Jérôme Boateng, Mario Gomez, respectivement d’origine nigériane, tunisienne, ghanéenne et espagnole, sans oublier les champions nés à l’étranger : Miroslav Klose, Lukas Podolski et Piotr Trochowski en Pologne, Cacau au Brésil et Marko Marin en Bosnie. Soit 11 joueurs d’origine étrangère sur 23, une première dans l’histoire de la Mannschaft, longtemps réputée pour son uniformité.

En juin 2010 à Durban, le manager de l’équipe, Oliver Bierhoff, ne cachait pas sa satisfaction : « En 1998, nos yeux étaient rivés sur l’équipe de France, nous n’imaginions pas alors que ce serait possible en Allemagne. » Le nouveau visage de la Mannschaft a depuis suscité des commentaires admiratifs. Au point que les Allemands eux-mêmes ont été surpris de cette capacité d’intégration. Le scandale qui touche aujourd’hui le football français est un rude coup porté à ce modèle. […]

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