La Diplomatie des OGM

17/02/2011

JP Géné dans Le Monde Magazine daté du 15 janvier 2011 :

Les États-Unis travaillent à imposer les OGM à l’Europe ? Les « mémos WikiLeaks » le confirment.

Dans le flot des documents rendus publics par WikiLeaks, le quotidien britannique The Guardian du 3 janvier a relevé plusieurs télégrammes qui attestent de l’activité déployée par la diplomatie américaine pour promouvoir les OGM en Europe et défendre les multinationales de ce secteur, au premier rang desquelles Monsanto.

Ainsi, dans un message de décembre 2007, l’ambassadeur à Paris, Craig Stapleton — ami de George W. Bush et copropriétaire avec lui de l’équipe de base-ball des Texas Rangers dans les années 1990 — recommande à Washington d’user de représailles contre l’Union européenne et notamment les États les plus hostiles aux cultures d’OGM, parmi lesquels la France fait figure de leader.

Nous sommes fin 2007, au lendemain du Grenelle de l’environnement, qui a confirmé l’interdiction de la culture du maïs Bt Mon 810. Selon M. l’ambassadeur, les mesures envisagées au Grenelle visent « à faire échouer des décisions prises sur des bases scientifiques au profit d’une reconnaissance de « l’intérêt général » (assessment of the common interest). Ajouté au principe de précaution, cela constitue un précédent dont les implications vont bien au-delà de la culture du Bt Mon 810. Engager des représailles signifierait clairement qu’une telle orientation aurait un coût pour les intérêts européens et permettrait de renforcer le camp pro-OGM en Europe. En fait, les pro-biotech français — y compris au sein du syndicalisme agricole nous ont dit que les représailles étaient le seul moyen pour commencer à inverser la tendance », conclut Craig Stapleton.

On croit rêver en lisant ces lignes. Ce représentant d’un « pays ami » explique tranquillement que ces Européens, et notamment ces Français hostiles à la culture de semences d’OGM, doivent être punis. Selon le télégramme, ces sanctions devraient être toutefois « plus mesurées que méchantes et susceptibles de durer dans le temps car une victoire rapide est peu probable ».

Son Excellence est trop aimable, mais il faut quand même se retenir pour ne pas hurler à l’agression caractérisée à la souveraineté alimentaire. Toujours au nom de l’argument « scientifique », brandi grâce à des études le plus souvent effectuées par les fabricants eux-mêmes ou leurs affidés. Qu’on nous permette d’émettre quelques réserves sur celles-ci surtout dans le domaine alimentaire — lorsqu’elles proviennent du pays de l’obésité où, pour la première fois dans l’histoire, l’espérance de vie a diminué d’un mois pour les personnes nées en 2008. Pourquoi cette fameuse expertise scientifique, qui a ignoré les risques sanitaires de la junk food ou des pesticides, serait-elle béton sur les OGM et habilitée à faire planter ce que bon lui semble, où bon lui semble ?

Au détour d’un autre message de l’ambassadeur des États-Unis à Madrid, en mai 2009, demandant un soutien accru des autorités américaines à la politique pro-OGM de l’Espagne (75 % des cultures européennes de Bt Mon 810), on apprend que, selon Monsanto, les mesures anti-OGM en France ont été accordées « à Greenpeace et aux Amis de la Terre en échange de leur silence (blind eye) sur les initiatives nucléaires de Sarkozy » durant le Grenelle de l’environnement.

On attend toujours le démenti de l’Élysée et on vérifie une fois de plus que Monsanto travaille main dans la main avec le gouvernement des États-Unis. On s’en doutait un peu mais merci à WikiLeaks de le confirmer.

Sélection d’articles sur le même sujet

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s