Petit bréviaire pour ministres en villégiature

09/02/2011

L’Édito du Monde de ce soir, daté du jeudi 10 février 2011 :

Depuis huit jours, la ministre des affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, tente maladroitement de justifier les conditions dans lesquelles elle a passé ses vacances de Noël en Tunisie et profité du jet privé d’un industriel proche du président Ben Ali, alors même que ce dernier tentait de mater par la force la révolte de son peuple.

Depuis vingt-quatre heures, c’est le premier ministre, François Fillon, qui reconnaît piteusement avoir bénéficié des facilités de transport et d’hébergement offertes par le président Moubarak pour passer en famille quelques jours de villégiature en Égypte.

La polémique est logique. Elle est légitime. Dans les deux cas, les plus hauts responsables français ont accepté sans sourciller, pour leur usage privé, des commodités et passe-droits offerts par des régimes dont l’histoire démontre, en ce moment même, à quel point ils étaient peu soucieux des droits de l’homme et de l’avenir de leur peuple. Dans les deux cas, les intéressés — comme nombre de leurs prédécesseurs — semblent ne pas comprendre qu’il s’agit là de compromissions inacceptables.

Il revient au président de la République — qui n’est lui-même pas à l’abri de toute critique en la matière — de tenter d’éteindre l’incendie. On ne saurait trop lui recommander la (re) lecture du rapport sur la « déontologie de la vie publique » qu’il avait commandé il y a six mois pour tourner la page de l’affaire Woerth-Bettencourt et qui lui a été remis le 26 janvier. Établi sous l’autorité de Jean-Marc Sauvé, vice-président du Conseil d’État, ce rapport donne une définition et fixe une règle très claires. Par conflit d’intérêts, il faut entendre « une interférence entre une mission de service public et l’intérêt privé d’une personne qui concourt à l’exercice de cette mission ». Quant à la règle, élémentaire, elle consiste à ne pas se placer dans ce type de situation.

Cela vaut pour tout le monde, y compris pour les journalistes qui peuvent être invités à de tels mélanges des genres par des pouvoirs économiques ou politiques. Mais cela s’impose, plus encore, aux responsables publics. Comme l’écrit à juste titre M. Sauvé dans son rapport au chef de l’État, « l’impartialité, l’objectivité et la probité des membres du gouvernement sont déterminantes pour garantir non seulement l’État de droit, mais plus généralement les valeurs constitutives du vivre-ensemble qui sont le ciment de notre République ».

Faut-il réclamer la démission de la ministre des affaires étrangères, voire de son compagnon, Patrick Ollier, ministre chargé des relations avec le Parlement, injustement oublié dans l’affaire des vacances tunisiennes ? Ou carrément celle du premier ministre ?

À vrai dire, cela ne changerait rien à l’allure consternante offerte par les gouvernements successifs de M. Sarkozy. Quoi qu’il décide, le chef de l’État portera jusqu’au terme de son mandat l’opprobre de comportements qui sont aux antipodes de la « République irréprochable » qu’il promettait en 2007. Il portera, de même, la responsabilité d’avoir creusé un peu plus le fossé de la défiance entre le peuple et ses gouvernants.

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