La Révolution en Tunisie, source d’inspiration pour la Méditerranée

24/01/2011

Tewfik Allal, syndicaliste, Étienne Balibar, professeur émérite de l’université Paris 10 Nanterre La Défense, Fethi Benslama, psychanalyste, Faouzia Charfi, professeur à la faculté des sciences de Tunis, Khadjia Chérif, présidente de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), Luciana Castellina, cofondatrice d’Il Manifesto, François Gèze, éditeur, Mohammed Harbi, historien, Abdellatif Laabi, écrivain, Jean-Marc Lévy-Leblond, physicien et essayiste, Giacomo Marramao, philosophe, Edgar Morin, Josep Ramoneda, politologue, Rossana Rossanda, cofondatrice d’Il Manifesto, Rajae Aboulaïch, Didier Arnal, Eliane Becache, Amel Ben Abda, Hazem Ben Aïssa, Esther Benbassa, Zohra Ben Lakhdar-Akrout, Fethi Benslama, Rudolf Bkouche, Sadok Ben Rejeb, Noureddine Boudriga, Alice Cherki, Mabrouk Daldoul, Abdellatif Elbadia, Nilufer Gole, Andreas Griewank, Pierre Guenancia, Tuong Ha-Duong, Salah Horchani, Mohammed Jaoua, Jean-Pierre Kahane, Juliette Leblond, Martine Léonard, Bernard Maitte, Mohammed Masmoudi, Benoît Millot, Bernard Quinnez, Mohammed Sifi, Khaoula Taleb-Ibrahimi, Michel Waldschmitt, Mourad Zeraï dans Le Monde daté du mercredi 19 janvier 2011 :

Pour sa liberté et sa dignité, le peuple tunisien s’est soulevé. Oui, de telles insurrections sont encore possibles aujourd’hui. Elles sont nécessaires. Elles sont prometteuses. Mais elles sont menacées, car elles remettent en cause de puissants intérêts locaux et les structures d’un ordre international établi qui les redoute et travaille d’emblée à les écraser ou à les dévoyer. Elles ont besoin d’unité, de détermination, de lucidité et de solidarité.

Après vingt-trois années de « passivité » apparente, en quelques jours de lutte héroïque et intelligente, sans peur de la répression, sans inflation idéologique, les citoyens et citoyennes de Tunisie — chômeurs avec ou sans diplômes, ouvriers, étudiants, professeurs, avocats, fonctionnaires, commerçants, soldats — ont abattu une dictature brutale et corrompue, ruineuse pour leur pays et honteuse pour leur terre de civilisation ancienne, qui se maintenait au pouvoir en bénéficiant du soutien des organismes financiers, des États et des alliances militaires de la région, des experts de la « gouvernance » mondiale.

Cette révolution — car c’en est une — ouvre des perspectives nouvelles, profondément encourageantes pour le peuple tunisien, qui peut maintenant redevenir maître de son sort, restaurer les libertés individuelles et syndicales, régénérer les institutions démocratiques, recouvrer les biens volés ou accaparés par le clan présidentiel, s’attaquer au clientélisme, mobiliser les ressources du pays au service du développement et de la lutte contre la pauvreté.

Elle est une source d’inspiration pour les voisins qui, à des titres divers, affrontent des problèmes comparables, que ce soit au sud ou au nord de la Méditerranée. Elle contribue à créer les conditions d’un nouveau régime de relations internationales, incluant la gestion commune des problèmes de migrations, de sécurité, de coopération économique et culturelle, et associant sur un pied d’égalité des peuples souverains, éclairés, épris de justice et de progrès.

Mais trois conditions au moins sont requises pour que de telles perspectives se concrétisent. Ne nous cachons pas qu’elles n’ont rien de garanti.

La première, c’est que les Tunisiens ne voient pas leur insurrection réprimée ou dévoyée par les représentants du système à qui le dictateur en fuite a transmis les instruments du pouvoir, et qui pourraient prendre prétexte de « l’anarchie » — au besoin, la provoquer — pour interrompre la transition démocratique. Il faut que se lèvent au sein du peuple les dirigeants à qui il pourra faire confiance pour la difficile navigation qui s’annonce.

La deuxième, c’est qu’elle ne soit pas étranglée de l’extérieur par des pressions militaires, politiques et économiques conjointes. Déjà, des agences d’évaluation annoncent la dégradation de la note tunisienne sur les marchés financiers, et des voix s’élèvent pour signaler les risques qu’un changement de régime en Tunisie ferait courir au « front antiterroriste ».

La troisième, donc, c’est que les opinions publiques et les gouvernements du monde, et notamment ceux du pourtour méditerranéen et de l’Union européenne, expriment clairement leur soutien à la transition démocratique en cours et en fassent aussi leur cause.

Nous les appelons à s’engager résolument dans cette voie, en même temps que nous formons des vœux ardents pour la réussite du changement qui vient de commencer à Tunis.

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