« Assimilation » ou « intégration », le sens politique des mots

28/12/2010

Élise Vincent dans Le Monde daté du mardi 21 décembre 2010 :

Le concept d’« assimilation » des immigrés est en train de prendre le pas sur celui d’« intégration » dans le langage politique français. On a pu l’entendre, le samedi 11 décembre, dans la bouche du premier ministre, François Fillon, lors du conseil national de l’UMP. Le lire, le 13 décembre, dans le cadre d’une interview accordée au Monde par le conseiller spécial du chef de l’État, Henri Guaino. Il est aussi présent dans plusieurs amendements du projet de loi immigration, actuellement en navette au Parlement.

Or, à en croire les spécialistes, ce regain du terme « assimilation » — il était tombé en désuétude dans les années 1980 — signifie, sur le fond, plus qu’un simple glissement sémantique. Même si dans leur emploi, les mots « intégration » et « assimilation » sont « assez proches », selon Pap Ndiaye, historien et maître de conférence à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), le premier « avait quelque chose de plus accueillant par rapport à la diversité ». Pour lui, avec « l’assimilation », on demande aux immigrés « de se comporter en tous points pareillement que ceux que l’on appelle « Français » ». C’est une vraie « injonction », note-t-il.

Or, déplore Patrick Simon, socio-démographe à l’Institut national d’études démographiques (INED), que l’on emploie ou pas le mot « assimilation », « il serait important de définir avant ce que l’on croit être l’intégration ». Pour les immigrés dernièrement arrivés en France, « l’intégration telle qu’on l’entend, c’est-à-dire le fait de devenir invisible selon les modalités historiques que l’on a connu jusqu’à présent (comme les Italiens ou les Portugais, par exemple) ne va pas se produire ». Notamment du fait de la « couleur de peau ». « Les immigrés d’origine maghrébine ou subsaharienne, même s’ils le voulaient, ne le pourraient pas », rappelle-t-il.

Pour Patrick Weil, historien, chercheur au CNRS et professeur associé à l’université Yale (États-Unis), le débat entre les mots « intégration » et « assimilation » est « absurde ». Aux États-Unis, d’après lui, pays souvent pointé du doigt pour son modèle « communautariste », « il y a aussi de l’assimilation au sens littéral du terme, soit le fait de rendre semblable ». Il prend pour exemple l’hymne américain, chanté à l’ouverture de chaque match de football.

La réalité, selon M. Weil, c’est qu’il « n’y a pas d’opposition entre « assimilation » et « diversité » ». « Il y a des moments où chacun d’entre nous aspire à être traité comme ses semblables devant les institutions et d’autres où il demande à être reconnu dans sa particularité culturelle », résume-t-il.

Le problème, note encore M. Weil, rejoignant ainsi M. Simon, c’est que « les hommes politiques français ne savent pas ce qu’ils veulent assimiler ». Or, d’après lui, « si l’intégration se produit bien dans la vie quotidienne, les autorités politiques entretiennent un climat qui a des effets plus ou moins négatifs ».

2 Responses to “« Assimilation » ou « intégration », le sens politique des mots”

  1. A Says:

    Je rejoins le point de vue de M. Simon: il faut arrêter de se mentir et de mentir aux gens, en disant qu’ils doivent s’assimiler à tout prix, puisqu’on ne les trouvera jamais assimilés. En tant qu’africaine:

    – en France, je me suis fait dire une fois, à l’issue d’un entretien: “Et vous parlez bien le français! Vous n’avez pas d’accent.” Au travail, j’avais droit à des réflexions de toute sorte car je lisais des magazines afro-américains, que je préférais sortir avec des hommes noirs… Oui, c’est ça l’assimilation à la française: demander l’impossible aux gens.

    – Idem au Québec où je vis à présent: vous ne pouvez pas participer ou contribuer à la protection de la langue française, puisque vous n’avez ni l’accent, ni la couleur locales. Vous devez aimer le hockey, la poutine, l’hiver, etc. Le hic, c’est que non seulement vous n’êtes pas un esclave sans histoire ou référentiel culturel, mais peu importe ce que vous ferez: votre couleur de peau indique que vous êtes un importé. À quoi bon bassiner les gens avec ce discours de l’assimilation, quand en bout de ligne, on veut juste que l’immigrant nous ressemble physiquement, pour nous rassurer?

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    • Comme le suggère M. Weil, certains hommes politiques ou leaders d’opinion voient un avantage à dresser les gens les uns contre les autres. La couleur de la peau est un critère parmi d’autres. C’est diviser pour mieux régner.

      Plus on goûte aux quartiers multiethniques moins on peut s’en passer. C’est exaltant d’avoir accès au monde entier sur le pas de sa porte. Ailleurs on étouffe vite : plus les autres sont différents, plus on peut être soi-même différent, quelle que soit la nature de cette différence. En matière culturelle aussi, la consanguinité mène à la dégénérescence. Les problèmes apparaissent quand les gens sont manipulés et poussés à bout par des conditions de vie insupportables.

      « On » ne veut pas tous que « l’immigrant nous ressemble physiquement » et « on » n’a pas tous besoin d’être rassuré :)

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