En 1995, quand la France croyait Internet mort-né

20/12/2010

Décidément les « élites » françaises sont les plus connes du monde. Un autre post pourrait s’appeler : « En 1988, quand la France croyait la techno mort-née »… En effet quelques années auparavant, leurs réactions avaient été les mêmes face à l’apparition de la house et de la techno : dénigrement (« une mode oubliée dans 6 mois », « une musique qui fabrique des esclaves »), diabolisation, répression, récupération. Après on s’étonne que le pays manque de dynamisme !

Yves Eudes dans Le Monde daté du mercredi 17 novembre 2010 :

Automne 1995, François Fillon vient d’être nommé ministre des télécommunications.

L’Internet est accessible au grand public depuis un an, et le jeune ministre s’y intéresse de près. Un soir, il organise une rencontre au Web Bar, un cybercafé parisien, avec quelques journalistes qui se sont récemment autopromus spécialistes de l’Internet et de la cyberculture.

Assis sur un coin de table, un verre à la main, faisant de son mieux pour avoir l’air « cool » et décontracté, M. Fillon décide de raconter aux journalistes une histoire amusante — mais qui a aussi un petit côté tragique.

Quelques semaines plus tôt, en tant que nouveau ministre, il avait été invité à déjeuner par l’état-major de France Télécom. Le repas dure, la conversation est animée, tous les grands dossiers sont abordés, ou presque. Enfin, alors que le ministre se lève pour partir, un haut responsable de France Télécom lui jette une petite phrase : « On n’a pas parlé de ce nouveau truc, Internet. Mais ce n’est pas grave. Inutile de vous occuper de ça, c’est une mode, dans trois mois, tout le monde l’aura oublié. »

M. Fillon avait bien compris que ce fonctionnaire prenait ses désirs pour des réalités — et qu’il rêvait sans doute de sauver le Minitel de cette concurrence étrangère sauvage. Pourtant, quelques mois plus tard, le gouvernement lançait un projet de charte de l’Internet, visant apparemment à régler par avance tous les problèmes possibles et imaginables susceptibles d’être provoqués par Internet dans un avenir proche ou lointain. Pour cela, il suffisait de placer les internautes sous la surveillance permanente de l’administration et de brider toutes les initiatives. Il fut même question d’obliger tout citoyen désireux d’ouvrir un site Web à soumettre une demande en bonne et due forme au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) — comme lorsqu’on veut créer une chaîne de télévision. Le projet de charte ne survécut pas au changement de gouvernement provoqué par la dissolution de l’Assemblée nationale en 1997.

À noter que, pendant la semaine précédent le scrutin, l’administration avait menacé de poursuites les internautes français qui se connecteraient aux sites étrangers publiant des sondages électoraux sur les intentions de vote des Français.

One Response to “En 1995, quand la France croyait Internet mort-né”


  1. […] France Télécom, en 1995, quelqu’un aurait dit à François Fillon : «On n’a pas parlé de ce nouveau truc, Internet. Mais ce n’est pas grave. Inutile de vous […]

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