Feu la consommation

16/11/2010

Hervé Kempf dans Le Monde daté du mercredi 10 novembre 2010 :

Selon le journal La Décroissance de novembre, Chantal Jouanno, secrétaire d’État à l’écologie, a déclaré : « Consommer moins, si vous tenez ce langage aujourd’hui, cela va tout de suite entraîner un phénomène de rejet. » Ce lieu commun mérite discussion. Premier point : l’ampleur de la crise écologique appelle une transformation de nos sociétés à la mesure du danger. Et, puisque la consommation matérielle démesurée est l’agent de cette crise, il faut réduire la consommation matérielle. Même si la vérité n’est pas bonne à dire, elle est la vérité, et c’est mépriser les citoyens que de la leur cacher. Deuxième point : Mme Jouanno n’a manifestement pas l’habitude de dire qu’il faut réduire la consommation matérielle. Car si elle l’avait – comme le chroniqueur -, elle découvrirait que, loin de susciter le rejet, cela suscite au minimum l’attention des auditeurs. Et d’autant plus si l’on explique qu’aller vers moins de consommation matérielle et énergétique ne signifie pas avoir moins de tout, mais vivre autrement. Donc développer les domaines créateurs d’emploi, très utiles et à moindre impact écologique : agriculture écologique, éducation, santé, culture, rénovation thermique, autre politique de l’énergie, autre politique des transports… Il s’agit de ce qu’on pourrait appeler les biens communs. Chacun comprend très bien qu’il vaut mieux avoir une bonne école publique pour ses enfants qu’un nouvel écran plat, de bons soins dentaires plutôt qu’un énième iPad, des bons aliments à prix accessible plutôt qu’un nouveau gadget automobile. Troisième point : cette baisse de la consommation matérielle pour un surcroît de biens collectifs suppose une forte réduction des inégalités, un thème sur lequel on n’entend jamais Mme Jouanno ni les autres pseudo-écologistes officiels. Car les quelque 30 % de gens qui, dans les sociétés riches, sont pauvres ou précaires ont, eux, un droit légitime à un surcroît de consommation matérielle.

Il est d’ailleurs significatif que, pendant que le gouvernement auquel participe Mme Jouanno continue à vouloir faire croire que davantage de consommation matérielle est souhaitable, il détruit les structures de solidarité collective, en refusant de toucher à la répartition des richesses et en opérant plus ou moins discrètement la privatisation des services collectifs (retraite, santé, éducation). C’est précisément cette politique qui suscite « le rejet », comme le montre le mouvement contre la réforme des retraites. […]

Lire la version intégrale de cette chronique sur son site d’origine

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