Le Succès scolaire repose sur le plaisir

15/09/2010

Marc Dupuis dans Le Monde Éducation daté du mercredi 15 septembre 2010 :

Le temps de la rentrée scolaire est celui des bonnes résolutions. Préalable indispensable à la réussite, elles ne tiendront pourtant pas longtemps si elles ne reposent que sur le culte de l’effort, l’esprit de sacrifice et une bonne dose de masochisme. Aussi paradoxal qu’il paraisse, leur pérennité ne sera assurée, et la réussite scolaire au rendez-vous, que si la motivation de l’élève repose sur le plaisir d’apprendre.

C’est donc très tôt que parents et enseignants doivent instiller le goût des savoirs chez le jeune dont ils ont la charge. Pour développer envie d’apprendre, esprit critique et d’analyse, ils devront s’appuyer sur la curiosité naturelle propre à tout enfant ; répondre à leurs incessants « pourquoi ? » en étendant cette soif de connaissance au domaine des savoirs scolaires.

Qui ne s’est jamais demandé pourquoi le pire des « cancres » — celui qui ne s’intéresse à rien à l’école, ne mémorise rien, chahute pendant les cours pour meubler l’ennui, refuse tout effort et toute discipline — arrive parfaitement à respecter les règles du sport qu’il aime, retient les noms et les parcours de dizaines de joueurs ou le classement de leurs équipes ?

Comment le même élève peut-il être autant dans le refus dans le cadre scolaire et, dans le même temps, maîtriser les qualités qui pourraient faire de lui un excellent élève ? Surtout, comment réussir à exporter, au niveau de l’acquisition des savoirs disciplinaires, les capacités qu’il développe en dehors de l’école ?

Se référant aux travaux sur la mémoire du neurobiologiste Henri Laborit, le psychopédagogue Alain Sotto, coauteur de Donner l’envie d’apprendre. Comment aider vos enfants à réussir à l’école ? (Ixelles Éditions), rappelle que « notre système nerveux ne sert pas à penser mais à élaborer une pensée efficace, c’est-à-dire permettant de poser une action qui va donner du plaisir et solliciter le circuit de la récompense ».

Dans ce mécanisme, c’est la « mémoire de contexte » qui empêche le transfert des compétences développées lorsqu’un jeune joue à un jeu vidéo, par exemple, vers celles nécessaires à l’apprentissage et à la mémorisation de savoirs disciplinaires. En effet, le cerveau mémorise le vécu en deux grandes catégories : ce qui a donné du plaisir et ce qui a donné de la douleur. L’action qui a donné du plaisir sera à mémoriser, celle qui a donné de l’échec, de la douleur, sera à évacuer.

« L’attention est la porte d’entrée de la vie mentale, explique Alain Sotto. Notre cerveau ne peut pas enregistrer une information extérieure s’il est déjà pris par la gestion d’une information interne. » Ainsi, lorsque l’on fait du soutien scolaire avec un enfant, si le problème posé lui rappelle un échec, il y aura barrage : l’élève ne sera pas en mesure de réfléchir à sa résolution, car son cerveau sera pris par la gestion d’un échec antécédent. Soit l’enfant réagira par une « émotion précipitante » : il se jettera sur son problème sans réfléchir, pour s’en débarrasser. Soit il réagira par une « émotion paralysante » : bloqué par le souvenir de l’échec, il refusera l’obstacle.

Avant même d’essayer d’inculquer quoi que ce soit à un élève, l’éducateur (parent ou enseignant) se souciera donc de créer les conditions favorables à la bonne réception des savoirs qu’il souhaite transmettre. À éviter à tout prix : le soutien qui vire aux reproches et aux cris. « Le secret, c’est de créer un contexte positif dans le domaine scolaire pour installer les bases d’une mémoire positive qui apportera du plaisir et donnera donc envie de s’atteler à ce type d’activité », conseille Alain Sotto.

Des conditions rarement remplies à l’école où, « le plus souvent, c’est l’enseignant qui est le seul à travailler, relève le psychopédagogue. Or, pour intégrer ce qu’il a compris, l’élève doit se mettre dans la position du prof, se raconter, s’expliquer à lui-même ce qu’il a appris ». Car si, en amont, la motivation de l’élève est importante, en aval, la mémorisation de ses apprentissages l’est aussi.

Comment la favoriser ? « L’attention, c’est faire exister du présent en voulant l’utiliser dans le futur, car on ne mémorise que ce que l’on compte réutiliser, explique Alain Sotto. Contrairement à ce que l’on pense, la mémoire, ce n’est pas de la connaissance au passé. C’est du projet, du futur. » Voilà pourquoi les élèves qui ne se projettent pas dans le futur « explosent » parfois à l’école.

Sélection d’articles sur le même sujet

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s