MP3 = merde

06/07/2010

AAC, MP3, WMA et autres formats d’encodage audionumérique avec perte (lossy compression) sont une catastrophe culturelle et sensuelle. On dit parfois « compression audio destructrice » ce qui est plus frappant. « Perte » veut dire perte définitive d’information ; c’est une régression et c’est philosophiquement injustifiable.

Imaginez un roman dont on supprime articles, pronoms, prépositions : l’histoire reste sans doute compréhensible mais qu’en est-il de la beauté de la langue et du plaisir de lecture ? On arrive à reconstituer des phrases plus ou moins complètes mais quelle fatigue ! Le même genre de fatigue qui nous guette après une soirée en club à entendre les kids enchaînant des MP3s sur leur netbook. Le cerveau reconstitue en partie les informations manquantes (une raison pour laquelle certaines personnes ne font pas la différence lors d’une comparaison A/B). Seulement à la fin on a mal à la tête, et la fête n’a pas été si bonne.

Il faut donc autant que possible choisir les formats d’encodage sans perte (lossless compression) : AIF, WAV, FLAC… Et en faire sans relâche la promotion. Le combat va être long et difficile, le MP3 est tellement ancré dans une époque qui privilégie la quantité au détriment de la qualité. Toutes les contributions seront les bienvenues.

Voici celle de Laurent Chambon (auteur avec le duo électronique Laurent&Lewis de « 9enealo9y », un des plus beaux morceaux de 2008) dans Minorités nº 43, lundi 5 juillet 2010 :

« […] J’entends souvent que rien ne remplace le vinyle, que le disque compact c’est froid et moche. Ce n’est pas vrai. Le disque compact permet d’enregistrer en stéréo et avec une quantité d’informations musicales assez impressionnante la plupart des fréquences audibles : si le son est moche, c’est parce que le producteur et l’ingénieur du son ont été nuls, point.
Par contre, un fichier mp3 (ou aac, peu importe) n’offre pas la qualité sonore que peut offrir un CD, pour la simple raison qu’on a enlevé les neuf dixièmes des informations. Certes, on reconnaît la chanson, et avec un mp3 de qualité maximale on entend toutes les fréquences (vous vous souvenez des premiers mp3 qui niquaient les aigus et les basses ?), mais ceux qui disent qu’il n’y a aucune différence sonore devraient se déboucher les oreilles.

Quand notre album a été fini, je suis allé en Finlande, à Lappeenranta, pour le mastering. […]

Le mastering, c’est la dernière étape avec la production du CD, mais elle est très importante : un ingénieur […] égalise les fréquences, corrige les petites distorsions, et s’arrange pour que les chansons soient au même volume. On a passé plusieurs jours à peaufiner ce qu’il avait déjà fait, je l’ai presque fait pleurer à vouloir garder toutes mes infrabasses, même celles qu’on n’entend pas, et il m’a mis des mp3 sur une clé pour que je puisse vérifier. Les jours qui ont suivi, j’ai réécouté nos chansons dans mon iPod, et j’étais à la fois impressionné par son travail (on entendait des instruments qui avaient disparu, les rythmes étaient plus pêchus, la voix de Lewis était vraiment magnifique sur certains morceaux), mais en même temps j’étais déçu. Je ne savais pas trop pourquoi, j’avais une déception qui ne voulait pas partir, et que je n’arrivais pas à identifier.

Et puis, rentré à Amsterdam, j’ai mis le CD dans ma minichaîne Sony de salon, juste pour voir, en me disant que de toute façon avec nos iPods on finirait par ne plus jamais utiliser cette machine, et tout à coup j’ai compris. Dès que j’ai appuyé sur « Play », j’ai retrouvé les volumes sonores sur lesquels on avait travaillé tellement dur, j’entendais à nouveau les petits instruments que j’avais mis partout. J’étais tellement soulagé.
Quand le disque est sorti, j’ai bien sûr été écouter nos chansons sur toutes les plateformes de distribution en ligne. Parfois c’était relativement acceptable […], mais parfois c’était du meurtre musical. Non seulement cela rendait nos chansons moches voire désagréables (on n’entend que la voix, les basses ont disparu et les percussions sont irritantes), mais personne ne pouvait soupçonner qu’on ait pu passer tellement de temps à construire quelque chose d’un peu subtil avec des volumes et des centaines de pistes sonores.

Comme je sais exactement de quoi sont faites nos chansons, je peux me permettre de le dire : je ne comprends pas qu’on puisse payer pour des fichiers aussi merdiques. »

Lire tout l’article sur le site d’origine

Sélection d’articles sur le même sujet

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s