Pour un partage des recettes colossales du Net

15/06/2010

Cette tribune de Laurent Joffrin parue dans Libération le 15 juin 2010, ne parle égoïstement que de la presse écrite. Mais son principe est valable pour tous les créateurs de contenu, en particulier dans la musique. Ceux qui s’engraissent en vendant du matériel ou des services qui permettent d’accéder à ce fabuleux réservoir de contenu culturel gratuit qu’est internet (Google, Apple, Microsoft, France Télécom, les publicitaires, etc.) doivent rendre une part de leurs revenus aux créateurs :

La crise de la presse écrite ? Elle se résume en deux mots : le tout gratuit. Certes la profession peut se reprocher bien des errements et des insuffisances. Le journalisme est mis en cause, tout comme l’archaïsme de certaines structures ou encore le retard pris dans l’adaptation à la nouvelle donne. Mais ce sont là faiblesses anciennes auxquelles les éditeurs et les journalistes s’efforcent d’apporter remède. Non, ce qui détermine la crise actuelle, c’est la culture du tout gratuit.

À l’orée des années 2000, tous les quotidiens du monde ont fait le pari du Net. Le modèle économique devait être celui de la radio privée ou de la télévision hertzienne : une offre gratuite financée pour l’essentiel par la publicité. Raisonnement logique, compréhensible, inévitable. Mais raisonnement faux. À la longue on constate que le marché publicitaire ne suffit pas à assurer le financement d’équipes de journalistes professionnels cohérentes et expérimentées. Et qu’à force de proposer gratuitement d’un côté ce qu’on fait payer de l’autre, on mine le modèle économique de la version papier.

Les seuls à avoir tiré profit de cette gratuité générale, ce sont les géants du Net, Google d’un côté, les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) de l’autre, qui ont drainé d’énormes recettes en laissant les dépenses aux producteurs de contenus. Rupert Murdoch fut le premier à le dire publiquement. En un an, la plupart des journaux du monde se sont rangés à son avis. Tous ou presque donnent maintenant un prix à l’information. Tous estiment qu’une révision de leurs rapports avec Google et les FAI s’impose, qu’elle découle d’une négociation directe ou d’une régulation mise en place par les pouvoirs publics.

Les recettes colossales des mastodontes du Net doivent être partagées, sur la base d’une répartition raisonnable, avec les équipes de journalistes. La diffusion gratuite doit être complétée par des contenus payants. Sans cette adjonction, le monde de l’information quotidienne ne pourra pas vivre. Certes, le consommateur y trouvera un bénéfice transitoire : la gratuité est agréable. Mais elle conduit à terme à la décimation des producteurs, à l’appauvrissement de l’offre et à la réduction du pluralisme. Aucun citoyen responsable ne peut le souhaiter.

Lire cette tribune sur son site d’origine

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