Trax : The Micronauts – Musique et politique

15/04/2012

Christian Bernard-Cedervall (alias Bertrand Delanowave) m’interviewe dans le nouveau Trax (nº 154, avril 2012) et « Hoochie Coochie (Video Version) » est présent sur la compil CD donnée avec le magazine (précisons au passage que ce n‘est pas une photo de The Micronauts qui illustre l’entretien mais une photo non créditée des Bosco, Stéphane Bodin et François Marché…) :

Hérauts tragiques de la French touch, The Micronauts font partie de ces groupes dont on a tous un peu entendu parler, mais dont on a jamais bien su qui ils étaient, ce qu’ils faisaient, ni où ils allaient. Et pourtant, ça partait pas mal pour eux. Duo constitué de George Issakidis mais surtout de Christophe Monier, on les a vus remixer Underworld, les Chemical Brothers, Death In Vegas, OMD et même Madonna. Malheureusement pour eux, leurs disques en nom propre n’ont jamais percé ni été récompensés à la mesure de leur talent, peut-être à cause d’une trop grande versatilité. Alors que Christophe relance ce mois-ci son label Micronautics, nous nous sommes entretenus avec lui, profitant de l’occasion pour redécouvrir le personnage qui préside seul à la destinée du projet depuis plus de dix ans.

— Christophe, tu réactives aujourd’hui ton label indé, Micronautics, vieux projet initié en 2004 mais depuis longtemps resté en sommeil. Pourquoi revenir là-dessus ?

D’abord parce que le label n’était pas arrêté mais juste en stand-by, et surtout parce que les conditions pour le relancer étaient réunies. (…) Je ne suis pas très productif, je mets beaucoup de temps à finir mes morceaux. J’ai monté Micronautics dans le but de sortir mes propres compos, donc autant continuer. À l’époque, je travaillais avec Vénus, un super distributeur qui a fait faillite comme beaucoup d’autres au moment de l’effondrement du marché du vinyl. Ça a été très chiant parce que je commençais à avoir un bon buzz. Au même moment, Citizen (le label de Vitalic, N.D.L.R.) m’appelle et propose de me signer : Micronautics se retrouve alors de facto en stand-by. Aujourd’hui, Citizen se mettant à son tour en stand-by, c’est l’occasion de relancer Micronautics.

— Avec la légèreté du digital.

Voilà. Pas de vinyl jusqu’à nouvel ordre. Il faut être réaliste : on peut encore vendre un peu de physique, mais le digital a clairement pris le pas sur le vinyl. (…) Dans les années 90, je mixais aussi avec des CDs ; tout le monde m’« insultait » à cause de ça. Maintenant, ça s’est un peu calmé. Je mixe sur laptop depuis 2002. De plus et comme j’ai pas mal de sorties dans les tuyaux, ça me prendrait trop de temps de devoir aussi m’occuper des vinyls. Là, j’ai un planning réaliste et des deadlines qui vont me motiver pour finir les morceaux (rires). Ça reste beaucoup de boulot.

— Quelles sont tes réelles ambitions aujourd’hui ?

Je n’ai pas forcément les mêmes ambitions que les autres labels. Déjà je voudrais faire accepter l’idée d’un label au son divers et varié. Je trouve la plupart des labels trop concentrés sur une scène spécifique. Je comprends l’intérêt, mais ça n’a jamais été mon truc. J’ai des goûts trop éclectiques, même si je veux rester dans le cadre plus général de la musique de danse électronique !

— Et tu voudrais faire des choses nouvelles ?

Bien sûr. Je ne souscris pas à l’idée de la fin de l’Histoire. La musique électronique est en perpétuel renouvellement. L’exemple le plus évident est le dubstep, un style vraiment nouveau, même si on voit d’où ça vient. J’aimerais faire de la musique avec ce genre d’énergie et d’objectifs. Même des genres complètement dénigrés ou honnis m’intéressent. J’ai entendu des idées nouvelles, différentes de ce qui se faisait dans les années 90, dans la jump, le hardstyle, l’electro house, la progressive, la transe, etc.

— Et tous ces gars du dubstep et de la bass music qui retournent vers la house et l’électro ?

C’est le réveil de la scène house anglaise, avec une musique plus mélangée, plus libre, plus surprenante et moins rigoureuse que celle qui vient d’Allemagne. Je trouve ça bienvenu, parce qu’on en a bouffé de la minimale ! (…) Je me souviens qu’au moment de la drum ’n’ bass, on disait que c’était le premier style de musique de danse électronique inventé par les Anglais. Avant, tout venait des États-Unis.

— Et puis les Anglais, ils se la pétaient bien : « nous, on vient de nulle part, on est les meilleurs, etc. »

Il y avait de ça dans toute la musique électronique, parce qu’en fait, tout le monde était contre. Donc il fallait vraiment que ça défonce pour espérer percer et survivre. Quand j’ai découvert cette culture en 87, j’habitais dans les tours du 13e, aux Olympiades. C’est le premier quartier à avoir été câblé à Paris, ce qui m’a permis de découvrir très tôt les 1ers clips de house qui passaient sur MTV UK… Surtout de la house anglaise d’ailleurs. Et comme je suis curieux, j’allais acheter les yeux fermés les compils Jack Trax et Jackmaster à la Fnac, qui me font découvrir la house de Chicago, et puis l’acid, le vrai déclic. Pour moi c’était la musique de l’avenir ! Auparavant, le rock qui m’attirait était celui qui incorporait les synthés, l’électronique : Kraftwerk, New Order, Taxi Girl, etc. Par contre je trouvais qu’il y avait un problème de groove dans l’EBM, un truc qui ne fonctionnait pas sur moi. Quand j’entends les premiers morceaux d’acid, je me dis OK, c’est ça que j’attendais, la puissance des machines et le groove des musiques black.

— Tu es entré en religion en fait ?

Pour moi, la musique est quelque chose d’éminemment spirituel. Beaucoup de chanteurs de house de Chicago ont d’ailleurs appris à chanter dans les chorales d’église. C’est sans doute pour ça qu’il y en a tant de bons. C’est le corps et l’esprit. Les premières raves… Une fête réussie, c’est avant tout une communion, même si je ne suis pas du tout religieux. La fonction spirituelle de ton cerveau est activée. On expérimente l’amour universel. Avec les raves, on avait comme un avant-goût de la prochaine civilisation. Elles étaient la suite logique des mouvements de libération des années 60 : le rock, la fin de la ségrégation, le psychédélisme, le féminisme, la révolution sexuelle ! Un long et pénible accouchement.

— Un truc américain qui finit chez nous ?

En fait, je pense que jusqu’à la fin des années 70, les USA sont à l’avant-garde du monde des idées. Et les utopies des années 60 se réalisent dans la disco où s’opère un mélange inédit : pour la 1re fois, les blancs, les noirs, les Portoricains, les homos, les hétéros, les jeunes, les vieux font la fête ensemble. Mais ça fait un moment que ça bout dans la tête des milieux conservateurs américains. Ils finissent par réagir politiquement. Une nouvelle alliance se forme entre les néoconservateurs et les milieux religieux du sud des États-Unis qui étaient jusqu’alors plutôt démocrates. Ceux-ci décident de lâcher le président Carter, un baptiste pratiquant, et de soutenir la candidature Reagan. Puis apparaît le mouvement « Disco Sucks », organisé et financé par les milieux conservateurs. Plein de gens du rock embrassent le mouvement sans se rendre compte qu’il est instrumentalisé. Et à partir de là, aux USA, dans les années 80, le rock ça devient Guns N’ Roses. Dès qu’il y a un synthé, c’est de la « musique de pédé » et c’est de la « merde » ! C’est comme ça que débutent là-bas trente années de politiques réactionnaires. Pour moi, politique et musique ont toujours marché ensemble.

— Et en Angleterre ?

C’est vrai qu’ils ont Thatcher. Mais dans la musique ils sont plus malins, ils ne se font pas avoir par le mouvement « Disco Sucks », ils mettent des synthés partout dans le rock (rires) !

— Et la house de Chicago ?

Suite à ça, la disco redevient underground puis évolue vers le garage et la house. (…) À l’inverse, le hip hop — qui part du même point : un regroupement hétéroclite dans l’underground —, devient mainstream avec le gangsta rap. Il est mis dans une case, celle des méchants, ce qui a pour effet d’étouffer tout message politique. Il n’y a pas de suite à Public Enemy, en fait.

(…)

— Pour la vraie suite, Micronautics, tu veux que ce soit un des chapitres ?

Idéalement ! Avec Hoochie Coochie, on est pas du tout dans l’intellectualisme, plutôt dans l’énergie, la légèreté, la transversalité. Peut-être autant d’hédonisme va faire grincer des dents… Si par chance ça marche, ça sera la revanche de l’underground des fouteurs de merde (rires) !

Coupures de presse en pdf

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