L’Émotion, source de la conscience

16/10/2010

Le neurobiologiste António Damásio interviewé par Catherine Vincent dans Le Monde daté du samedi 16 octobre 2010 :

— Vous venez de recevoir le prestigieux prix annuel de la Fondation japonaise Honda pour vos travaux pionniers dans le domaine des neurosciences, notamment pour votre théorie des « marqueurs somatiques ». De quoi s’agit-il ?

C’est une théorie que j’ai élaborée dans les années 1980, lorsque j’ai commencé à soupçonner que les émotions jouaient un rôle très important dans nos comportements cognitifs. J’avais fait, à cette époque, une rencontre déterminante avec un malade âgé d’une trentaine d’années qui venait de subir une opération du cerveau. Il n’en avait gardé aucune séquelle apparente, mais il avait subi un changement radical de personnalité. Il était formidablement intelligent, mais ses décisions étaient complètement étranges et déraisonnables. Or ce malade semblait ne plus ressentir d’émotions. C’est alors que j’ai commencé à développer l’idée des marqueurs somatiques, selon laquelle nos raisonnements se fondent, en partie, sur une échelle de valeurs dictée par nos émotions. Si on a vécu quelque chose avec beaucoup d’enthousiasme, ou de peur, cette expérience laissera dans notre chaîne de pensée une sorte d’empreinte, qui sera ensuite déterminante dans la qualité des décisions que nous prendrons.

— Ce que l’on découvre sur le rôle des émotions dans le fonctionnement de notre cerveau sera-t-il utile pour la robotique de demain ?

Cela aidera sans doute à inventer des robots plus raffinés que ceux qui existent aujourd’hui, des robots doués d’émotions ou capables de reconnaître les nôtres. Mais cet objectif reste très difficile à atteindre, car le robot n’a pas de matière organique. Et cela change tout !
Prenez un avion, par exemple. C’est un organisme très compliqué, qui possède des systèmes de contrôle et de transformation d’énergie sophistiqués… Mais si vous lui cassez une aile, cela ne se propagera pas au reste de l’appareil. Alors que lorsque nous avons la grippe, la maladie va mettre en cause l’ensemble des éléments individuels qui composent notre corps.
Le robot, comme l’avion, ne prend pas les risques que prend la matière organique, ce qui rend les choses totalement différentes du point de vue émotionnel. Il est impossible de ressentir ce qui se passe dans le silicium ou dans l’acier, alors qu’il est possible de ressentir toutes les variations qui se produisent dans la chair vivante.

Lire tout l’entretien sur son site d’origine

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